« 24 mars 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 81-82], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12603, page consultée le 27 janvier 2026.
24 mars [1850], dimanche matin, 8 h. ½
Bonjour, mon adoré bien-aimé, bonjour et bonheur à toi et à tous les tiens. Tu dors encore, mon cher petit homme, car je viens de passer sous tes croisées en revenant de la messe et j’ai vu ta persienne fermée. Dors, mon amour, repose-toi. Soigne-toia car ta santé c’est mon bonheur. M’as-tu été bien fidèle hier au soir ? Comment s’est passéeb ta tragédie ponsarde1 ? Vous me direz cela tantôt. Quant à moi, après le départ de mes petites filles2, j’ai eu la visite du jeune Jourdain, lequel est resté jusqu’à dix heures. Il m’a apporté un petit plan gravé de Milan mais comme je n’y connais rien il me sera assez difficile de te renseigner sur les points les plus importants où se sont passés les épisodes les plus intéressants de l’insurrection3. Je crois qu’il tâchera d’en faire un de mémoire avec les faits numérotés en marge et correspondants aux chiffres du plan. Enfin cela a été un motif pour lui de rester jusqu’à dix heures. Sans cette visite je serais restée toute seule comme un pauvre chien que je suis, car mes jeunes filles s’en sont allées de très bonne heure. Je me suis couchée en pensant à vous, mon cher petit homme, et avec le désir bien ardent de vous empêcher de regarder aucune jolie femme et de m’être infidèle. Je ne sais pas si mon fluide magnétique aura fait son effet mais ce que je sais c’est que j’avais mon pauvre [cœur] bien plein et bien gros.
Juliette
1 La nouvelle tragédie de François Ponsard, Charlotte Corday, a été jouée au Théâtre-Français le 23 mars 1850 – en présence de Victor Hugo
2 Très vraisemblablement Julie et Louise Rivière, qui rendent régulièrement visite à Juliette Drouet.
3 Durant l’année 1848, une succession de révolutions éclate à travers l’Europe. Cette floraison, appelée « Printemps des peuples », vise à mettre fin aux régimes absolutistes. En Italie, Milan, qui est une des capitales du royaume lombardo-vénitien, décide de se soulever contre la domination autrichienne. Les cinq journées de Milan, du 18 au 22 mars 1848, constituent un des épisodes majeurs de l’unification italienne.
a « soignes-toi ».
b « passé ».
« 24 mars 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 83-84], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12603, page consultée le 27 janvier 2026.
24 mars [1850], dimanche après-midi, 4 h.
Quand donc viendras-tu mon bien-aimé ? Voilà déjà quatre heures et tu n’es pas
encore auprès de moi. Si tu savais combien je te désire et quel bonheur ce serait
pour
moi de te voir, je t’assure que tu quitterais tout pour faire cette bonne action :
me
rendre heureuse. J’ai voulu ce matin, en souvenir de ma pauvre fille, aller à la messe
des rameaux car c’est ce jour-là qu’elle est tombée malade et qu’elle me faisait
remarquer en pleurant de regret que c’était la première fois depuis qu’elle se
connaissait qu’elle manquait la messe le jour des rameaux1. Pauvre
bien-aimé, depuis ce temps-là je me fais un pieux et doux devoir d’assister tous les
ans à cette messe. Il me semble que, si elle voit quelque chose de ce monde, cette
attention doit lui plaire. Je n’ai pas besoin de te dire si j’ai prié pour toi et
pour
tous ceux que tu aimes ? Cher adoré, tous les bienfaits du bon Dieu ont besoin de
passer à travers toi pour que je les apprécie. Ta santé, ton bonheur, c’est ma vie
et
ma joie. Sois heureux, mon amour, mais n’aime que moi si tu veux que je vive et que
je
te bénisse jusqu’à mon dernier soupir.
Tâche de venir bien tôt, pour que mon
pauvre dimanche ne soit pas plus triste encore que les jours de la semaine où je ne
te
vois que cinq minutes. Je t’attends, mon petit homme, et je t’aime de toutes mes
forces.
Juliette
1 Claire Pradier tombe gravement malade durant le mois de mars 1846. Elle décède le 21 juin de la même année.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
