« 24 août 1847 » [source : MVH, α 7967], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4102, page consultée le 24 janvier 2026.
24 août [1847], mardi matin, 7 h. ¾
Bonjour, mon bien-aimé Toto, bonjour, tu sais cette phrase par cœur et toutes celles
que je t’écris depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre puisque mon génie inventif
n’a pas encore trouvé depuis bientôt quinze ans une variante à cette éternelle
ritournelle. Bonjour donc plus que jamais mon ravissant petit Toto et amour à
mort.
Qu’est-ce que j’apprends, vilain monstre, vous avez donné la clef de mon
jardin à Fouyou cette nuit ? Pour le coup je
reprends toutes mes tendresses et je vous donne à la place mes malédictions ainsi
qu’à
lui, Fouyou. Il faut que vous soyez bien pair de France, décidément, pour croire
qu’une femme, oui, Mamzelle Chichi1, après avoir sarclé, biné, pioché avec
Duval, après s’être fait un jardin d’un
cloaque, du haut de ce jardin si sublime et si doux peut sans frémir d’horreur le
livrer à Fouyou. Le monstre, il va du crime au vice. Laisse-moi mon jardin, mes
oignons, mes narcisses. Ou donne-moi à la place la terrasse de Saint-Germain, c’est
bien le moins, en attendant lézée, lézée, lézée et parfaitement lézée2 et je n’ai pas comme Mme Triger l’héritage de la
grand-mère pour compensation. Vraiment c’est bien indélicat ce que vous avez fait
là
et je suis bien peu FLATTÉE de vous avoir pour CONNAISSANCE. Taisez-vous car cela
fait
frémir probablement.
Juliette
1 Personnage déjà évoqué dans une lettre du 13 mars précédent.
2 Formule comiquement répétée par Mme Triger et déjà reprise et imitée, avec la même orthographe, dans une lettre du 22 mars précédent.
« 24 août 1847 » [source : MVH, α 7968], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4102, page consultée le 24 janvier 2026.
24 août [1847], mardi, midi ½
Si tu fais ta course à la barrière de l’Hôpital aujourd’hui, j’espère que tu voudras
bien m’emmener mon Toto ? Hier ça n’était guère possible avec les torrents qui
tombaient mais à présent le temps s’est humanisé et l’on peut se risquer sans crainte
d’être submergéa. Je m’apprête dans
cette intention, nous verrons si j’en serai pour mes préparatifs. En attendant j’ai
envoyé changer mon sucre tout à l’heure. On ab protesté, cela va sans dire, de la candeur de ce sucre. Quant à
moi je ne demande pas mieux que de croire à la doyenneté de
probité de ce pauvre épicier, mais pourtant ce sucre paraissait bien fin pour
n’être pas frelaté. Toujours est-il que j’en ai de tamisé et
de moins farineux, c’est tout ce qu’il me faut et je m’empresse de leur donner un
brevet de probité et même de sucre Montyon1 si cela peut les obliger.
J’ai
reçu une lettre de ce pauvre bonhomme de Crest, du moins je le suppose. Je voudrais
bien que tu puissescfaire quelque
chose pour ce pauvre homme qui a 21 ans de service, trois
enfants et une femme malade, et que la perte de sa place réduirait à la plus profonde
misère. Cher bien-aimé, il faut que je connaisse bien ton ineffable et inépuisable
bonté pour la mettre si souvent à contribution. Mais je sais que tu es le meilleur
des
hommes et j’en abused sans crainte de
te lasser jamais. Et puis je t’aime, je t’adore.
Juliette
1 Le prix Montyon était un prix de vertu décerné tous les ans.
a « sumergé ».
b « On n’a protesté… ».
c « pusses ».
d « abuses ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
