« 17 août 1847 » [source : Pierpont, Misc Ray, MA 4500, Drouet, Juliette], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4100, page consultée le 24 janvier 2026.
17 août [1847], mardi matin, 7 h. ¼
Bonjour, mon Toto aimé, bonjour, mon doux adoré, bonjour. C’est à votre tour d’être endormi et de ne pas entendre toutes les tendresses que je vous envoie et de ne pas sentir toutes les caresses que je vous fais. Notre vie ressemble à celles du veilleur d’Abbeville1, lequel se couche quand sa femme se lève. Cette charmante manière de vivre constitue un bonheur médiocre et dont je ne donnerais pas deux liards si j’avais le choix. Mais ne L’AVANT PAS, le choix, je fais ce que je peux pour me résigner en m’aidant de toutes les grimaces possibles et impossibles. Il paraît que vous n’avez pas eu la peine de faire sortir Fouyou cette nuit puisqu’on n’avait pas pu, SOI-DISANT, le faire rentrer hier au soir. Suzanne et vous vous entendez pour donner GRATIS la possession de mon jardin pendant la nuit à ce monstre de Fouyou au risque de me ruiner de toutes les manières. C’est une façon bien peu délicate d’entendre le droit des gens et je ne vous en croyais pas capable. On n’est jamais trahi que par les siens. Maintenant que vous n’avez plus de chambre et que vous n’avez d’Académie que le jeudi, je suis prisonnière six jours par semaine. Je ne m’en plaindrais pas, au contraire, si je vous avais pour geôlier et si vous vouliez bien me garder À VUE. Malheureusement vous avez trop de confiance en moi et vous ne craignez pas assez que je M’ÉVASE, ce dont je rage bien fort.
Juliette
1 Victor Hugo et Juliette Drouet ont visité Abbeville en août 1835 et en septembre 1837.
« 17 août 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 192-193], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4100, page consultée le 24 janvier 2026.
17 août [1847], mardi matin, 11 h.
Quel chien ou quel Asseline avez-vous à fouetter ou à décorer aujourd’hui, mon Toto ? Il est impossible que vous n’ayez pas quelque chose à me mettre sur le nez aujourd’hui pour m’empêcher de me plaindre de ne pas vous voir. Je m’y attends et d’avance je mets mon nez dans la mécanique pour vous en éviter la peine. On n’est pas plus obligeante que cette Juju-là et je doute que Chaumontel lui-même y mette plus de complaisance et de bonne grâce. Ce que c’est que d’être bien dressée, cela va tout seul. Voime, voime, affreux gredin avec d’affreux grincements de dents et d’atroces langues de trente-six pieds de long sans parler du nez qui pourrait servir de queue à tout le phalanstère réunia. Voilà comment je supporte l’odieux supplice que vous m’infligez tous les jours pour me punir de vous trop aimer. C’est d’autant plus féroce de votre part, je dirai même plus LÂCHE, que vous savez bien que je ne peux pas vous aimer moins quand même je le voudrais. Allez, allez, vous êtes un féroce homme que je ne peux pas m’empêcher de baiser au risque de me faire mordre.
Juliette
a « réunis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
