« 5 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 133-134], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12065, page consultée le 24 janvier 2026.
5 mai [1845], lundi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon petit homme chéri, bonjour, mon
trésor, bonjour, le plus rare et le plus
désiré des Toto, bonjour, je vous attends. Je vous attends en soufflant
dans mes doigts, car il fait un froid de loup. Je voudrais que tu
vinssesa un peu
de bonne heure pour faire ton chiffre afin qu’Eulalie pût commencer tes mouchoirs
aujourd’hui. Si tu veux qu’elle te porte le paquet de tapisseriesb, elle
le fera avec empressement. Il faut bien enfin que tu les aies
puisqu’elles sont toutes en bon état. Si je pouvais trouver quelque
chose encore qui pût servir de prétexte à argent chez toi, je serais
bien contente puisque c’est autant de fatigue de moins que cela t’ôte.
Jour, Toto, jour, mon cher
petit o, Papa est bien i, mais il le serait bien davantage s’il le voulait. Je ne
m’explique pas davantage. Vous devez m’entendre à moins que votre
nouveau chapeau ne vous ait durci l’oreille.
J’ai bien froid. Je
crois que je n’ai jamais tant souffert du froid que cette année. Il me
semble que je ne me réchaufferai jamais. Je crois que l’exposition de
mon logis y est pour beaucoup. Quand je sors de ma chambre, je suis tout
imprégnée d’une humidité glaciale. J’ai bien besoin que l’été arrive. Je
vous dirai pour nouvelle que Fouyou a tué une souris dans la cuisine. Ceci n’est pas
indifférent, car la maison en est pleine et je craignais qu’il ne fût
pas bon pour ce genre de chasse. Je vois avec plaisir que je m’étais
trompée. Je voudrais bien ne pas me tromper en pensant que vous viendrez
tout à l’heure baigner vos beaux yeux et que vous me donnerez le temps
de vous baiser un peu partout.
Juliette
a « tu vinsse ».
b « le paquet de tapisserie ».
« 5 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 135-136], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12065, page consultée le 24 janvier 2026.
5 mai [1845], lundi après-midi, 4 h.
Tu ne veux pas que je t’écrive des lettres tristes, mon bon bien-aimé,
c’est presque comme si tu me disais de ne pas t’aimer, de ne pas
m’apercevoir de ton absence, d’être insensible à tout ce qui regarde mon
amour. Je ne le peux pas, mon Victor, je ne le veux pas. J’aime mieux
pleurer vingt-trois heures et demie sur vingt-quatre et sentir le
bonheur ineffable de te posséder pendant une demi-heurea. L’un ne va
pas sans l’autre comme tu sais. Le jour ne va pas sans la nuit, l’amour
ne va pas sans chagrin. Seulement la nuit est plus ou moins longue selon
le coin du globe qu’on habite. Le chagrin d’amour est plus ou moins vif
selon le moment de la vie où on se trouve. Je crois que je m’exprime de
façon à n’être pas comprise, et cependant ce que j’ai à te dire est bien
tendre, bien doux, bien résigné et bien passionné. Je veux dire que
j’aime mieux mourir de trop t’aimer que de vivre par l’indifférence. Mon
Victor chéri, mon amour ravissant, jamais tu ne sauras comment et
combien je t’aime. C’est au-dessus de tout ce que tu peux souhaiter et
imaginer.
Tu seras resté à la séance entière1, sans aucun doute. Demain ce sera jour d’Académie. Je
n’ose pas te demander à me laisser t’y conduire. Cependant ce serait un
moyen pour que je te voie quelques minutes de plus. Tu verras ce soir,
mon amour, si tu peux me donner cette joie. Comment va ton cher petit
pied ? J’espère que cela ne sera rien, mais il ne faut pas le trop
fatiguer aujourd’hui. Vous savez que je suis votre médecin, eh bien ! je
vous ordonne le repos auprès de moi.
Juliette
1 Juliette évoque vraisemblablement une séance de la Chambre des pairs, les séances de l’Académie ayant lieu les mardis et jeudis.
a « une demie-heure ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
