« 22 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 61-62], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12028, page consultée le 25 janvier 2026.
22 juillet [1845], mardi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto aimé, bonjour, mon bel adoré, bonjour, mon ravissant
petit Toto, bonjour, comment va ton bras ce matin ? Tu sentais un
commencement de démangeaison cette nuit. Si cela pouvait t’avoir soulagé
j’en serais bien heureuse. Si tu souffres toujours autant, tu feras bien
de mettre du sparadrapa, je ne sais
pas comment s’écrit ce mot, je suis comme la petite Robelin, il y a
des mots que je ne sais pas écrire.
Mais cela ne fait rien, entre nous c’est sans façon absolument comme
dans une île. Comment
trouvez[-vous]mes écrevisses ? Je tiens beaucoup à ce que
vous les trouviez bonnes puisque c’est moi qui les ai fait cuire. C’est
une coquetterie de cordon bleu apprivoisé à
laquelle je tiens beaucoup. Vous avez vu que j’ai eu l’attention délicate de vous les mettre dans une vilaine assiette. Je n’ai pas besoin, moi, de
vous donner toute ma plus belle vaisselleb sous prétexte de vous faire manger des fraises
et des écrevisses. Ma générosité ne va pas jusque-là. Tâchez de me
rendre ma serviette si vous pouvez. Cependant si vous l’oubliez, je ne
m’en ferai pas de chagrin.
Cher petit homme aimé et bien aimé, je
ris avec vous pour vous montrer que je suis bien gentille et bien courageuse et que je fais contre fortune bon
cœur. Si tu peux m’en récompenser en venant de bonne heure aujourd’hui,
tu me rendras bien heureuse. Si tu ne peux pas, je penserai à ta douce
figure, à ton noble cœur et je tâcherai de me faire l’illusion que tu es
auprès de moi jusqu’à ce que tu puissesc venir.
Juliette
a « du sparadrappe ».
b « vaiselle ».
c « tu puisse ».
« 22 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 63-64], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12028, page consultée le 25 janvier 2026.
22 juillet [1845], mardi soir, 9 h.
Vous êtes un méchant malhonnête, vous ne vous êtes seulement pas retourné
tandis que je restais là sur ma porte à vous voir en aller comme une
pauvre bête de Juju que je suis. Une autre fois je resterai chez moi,
cela vous apprendra à être un peu plus poli, sinon plus affectueux.
J’ai reçu ce soir une lettre de Claire dans laquelle elle me mande que MM. Varin et Dumouchel sont allés la voir hier.
La petite sotte me fait un [illis.] dans lequel
il m’est impossible de deviner le jour où il faut qu’elle aille chez
M. Dumouchel subir un examen préalable et s’il faut que je fasse venir
Eulalie pour l’y conduire.
Cette péronnelle a le talent de ne pas savoir expliquer clairement les
choses les plus simples. Du reste, M. Dumouchel espère pouvoir la faire
appeler avant les vacances1, c’est pour
cela qu’il n’y aurait pas de temps à perdre. Si tu veux, j’irai jeudi à
la pension m’informer quel jour elle doit aller chez M. Dumouchel.
Voilà, mon Toto chéri, les nouvelles de la maison depuis que tu es
parti. Tiens, moi qui oublie que je suis furieuse contre vous et que je
ne veux pas vous parler. Je n’ai pas besoin de
parler à un vilain ours comme vous. Si vous croyez que vous êtes aimable
quand vous vous conduisez comme cela, vous êtes dans la plus profonde
erreur. Allez, vous êtes bien digne de lire Le
Moniteur et d’être en correspondance officielle avec le GRAND RÉFÉRENDAIRE. Taisez-vous, je vous
méprise de toutes mes forces. Vous n’êtes qu’un vieux podagre de pair de
France, bon tout au plus pour les rhumatismes.
Juliette
1 Claire prépare l’examen pour devenir institutrice. Elle a échoué à l’examen le 12 juin et attend une nouvelle date de passage. Elle passera de nouveau l’examen en février et mars 1846, sans succès.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
