« 11 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 139-140], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6122, page consultée le 23 janvier 2026.
11 décembre [1844], mercredi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour mon cher amour bien-aimé, bonjour, mon doux et
charmant Toto, bonjour. Tu as été adorablement doux et bon cette nuit, mon amour.
J’aurais voulu trouver des mots inconnus qui n’aient jamais été profanés par l’usage,
pour t’exprimer ce que je sentais d’ineffable adoration en t’écoutant et en te
regardant. Tu es beau, je t’aime.
Comment vas-tu ce matin, mon Toto adoré ?
As-tu un peu dormi au moins ? Pauvre ange dévoué, tu tombais de fatigue et de sommeil
cette nuit. Je ne sais pas comment tu peux tenir à cette vie d’activité dévorante
de
tous les instants. Si j’avais quelque influence sur toi, mon bien-aimé, je te
supplierais de te ménager et je te forcerais à prendre ton repos toutes les nuits.
Malheureusement je n’en ai pas. Tu ne me permets que de t’aimer, ce dont je m’acquitte
au-delà de la permission. Je prie Dieu d’avoir pitié de toi et de moi car je ne sais
pas ce que je deviendrais si tu tombais malade. Je ne veux même pas y penser.
As-tu eu des nouvelles de M. Foucher1 ? J’espère
que tu ne seras pas forcé d’y passer la nuit. Tu sais d’ailleurs qu’il préfère à tous
les autres soins ceux de la garde-malade qui est habituée à le soigner. Je ne te dis
pas cela pour t’empêcher de le faire si tu le crois nécessaire et si ce vieillard
le
désire. Mais je te parle d’après ce que je sais de lui et que tu m’as dit toi-même.
Je
ne veux pas que tu croiesa que j’ai le
cœur mauvais, mon bien-aimé ! QUOIQUE : l’amour rende bien
méchant mais je désire que tu ne te prodigues pas sans nécessité aux
dépensb de mon bonheur et de ma
vie. Voilà. Maintenant baisez-moi et aimez-moi, je vous l’ordonne.
Eulalie est enfin venue. Je ne lui ai pas
encore parlé mais je sais qu’elle est là. Je vais lui faire blanchir ta cravatec. Jour Toto jour mon cher petit o je vous écris avec une cocotte sur le doigt. Cette pauvre petite bête avait ses petites pattes glacées et je
les lui réchauffe mais ça n’est pas [comme ?]d pour ÉLUCUBRER. Dieu que votre douillette2 est chaude et comme les taches vont bien dessus. J’en vais
en faire encore. Voime, voime, baisez-moi et
taisez-vous.
Juliette
1 M. Foucher, beau-père de Victor Hugo, est malade. À sa demande, son gendre le veille parfois la nuit, au grand désespoir de Juliette.
2 Robe de chambre.
a « croie ».
b « au dépend ».
c « cravatte ».
d On croit lire « comme ». Il peut s’agir d’un lapsus pour « commode ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
