« 28 mai 1844 » [source : Collection particulière], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11690, page consultée le 06 août 2026.
[Paris,] mardi matin 28 mai [1844]
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour mon adoré Toto. Bonjour, mauvais sujet qui vous moquez d’une mère devant sa fille. Bonjour, vous me paierez ça. [Claire est repartie en ?] promettant de bien travailler avec ardeur et de toutes ses forces à son orthographe. Je voudrais pour beaucoup qu’elle eût passé un premier examen, ce serait un encouragement pour elle1. [illis.] Je te remercie, mon adoré, des bons conseils que tu lui a donnés hier. Je te prie de les lui continuer à l’occasion car elle en a plus besoin que jamais. [illis.] Comment va Cocotte ? Dédé s’est-elle enfin risquée ? Cette pauvre Cocotte n’est pourtant pas bien redoutable. Espérons que ces deux jeunes personnes finiront par se donner la patte2.
1 Claire Pradier, malgré ses efforts, ne réussira jamais l’examen qui lui aurait permis de devenir institutrice.
2 Juliette a donné sa perruche à la petite Adèle, fille de Victor Hugo.
« 28 mai 1844 » [source : Collection particulière / MLM, 47219], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11690, page consultée le 06 août 2026.
28 mai [1844], mardi soir, 8 h. ½
Tu n’es pas revenu, mon Toto adoré, tu étais donc bien occupé ? car, je ne peux pas
croire que, sans de sérieuses occupations ou de graves motifs, tu me prives du bonheur
de te voir quand tu sais que cela m’est plus nécessaire que de respirer.
J’ai vu
M. Desmousseaux tantôt. Je ne l’ai pas
trouvé aussi affligé que je l’aurais désiréa. Pauvre
martyre, pauvre sainte femme, quelle différence de l’amour que vous éprouviez à celui
que vous inspiriez1 ! Voilà, mon cher ange, la réflexion intérieure que je n’ai pas pu
m’empêcher de faire en voyant ce brave homme tantôt.
Après lui, Mme Triger est
venue en allant dîner chez son cousin et comme elle sortait de chez moi Mlle Hureau y
entrait. Elle pensait trouver Claire. Du
reste nous avons causé ensemble très longuement et très en détails sur le présent
et
l’avenir de Claire. Je l’ai trouvéeb,
ce qu’elle est toujours, parfaite et excellente de tout point mais ne pouvant ou
n’osant pas se charger de Claire pour beaucoup de raisons dont les deux principales
sont : la 1èrequ’elle n’est pas chez elle, qu’elle ne peut donc rien
promettre pour l’avenir. La seconde qu’elle craindrait de désobliger sa sœur2 et de se brouiller avec elle. Voilà, mon Toto, les deux
sérieux empêchements qui font qu’il n’y a pas à espérer, quant à présent, du moins
à
remettre Claire entre les mains de cette excellente demoiselle. Je le regrette plus
que je ne puis dire parce que Claire a toute confiance en Mlle Hureau et qu’elle l’aime tendrement. Il me reste à peine assez de place
pour t’embrasser mais dans un seul baiser j’y mets toute mon âme.
Juliette
1 L’amie de Juliette Mme Pierceau, qui avait eu plusieurs enfants de l’acteur Desmousseaux, est morte le mois précédent. Cette circonstance, et une lacune dans les lettres de la BnF, permet de dater cette lettre.
a Le mot est souligné de deux traits.
b « trouvé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
