« 4 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 115-116], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11695, page consultée le 26 janvier 2026.
4 juin [1844], mardi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour, mon pauvre
petit, comment va ta gorge ce matin ? Je voudrais savoir ce que M. Louis en pense. Je ne sais pas pourquoi je suis
buttée sur ce remède d’aluna1. J’attends avec bien de l’amour et bien de l’impatience que tu
viennes.
J’ai encore été bien absurde hier au soir. J’en suis honteuse et
furieuse contre moi. C’est une véritable indisposition car cela ne m’est pas habituel,
et de plus, cela me donne des maux de tête hideux. Je crois vraiment que le café
serait une bonne chose pour ce genre de maladie ; ce sont des somnolences plutôt que
des envies de dormir. Il faut absolument que je remédie à cela. Outre que cela me
prive du bonheur de te voir, cela me fait beaucoup souffrir.
Suzanne va mieux ce matin. Cependant, je
n’en suis pas émerveillée, je la trouve encore fort fiévreuse… Je crains qu’elle n’ait
pincé quelque fièvre typhoïde en allant voir cette pauvre Clémentine. Après cela, je parle de visu et je dois me tromper, je le désire et je l’espère.
Mais toi, c’est toi que je voudrais voir bien portant, mon cher adoré, ma vie, mon
âme. Soigne-toi bien, dépêche-toi bien vite et je serai bien heureuse.
Juliette
1 Juliette doute des vertus de l’alun, qu’elle croit même toxique.
a « alum ».
« 4 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 117-118], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11695, page consultée le 26 janvier 2026.
4 juin [1844], mardi après-midi, 4 h. ⅟₄
Je ne veux pas que tu t’occupes de moi, mon amour, et que tu te gênes en rien. Je
sais bien que tu travailles, mon pauvre adoré, je le sais trop, et je suis une vieille
bête de ne pas pouvoir veiller sans m’endormir. Ce soir, je prendrai mon petit sou
de
café et cela ira très bien, j’en suis sûre. Quant à la crainte que tu as de me voir
allumer le sang par cette petite goblotterie, il
n’y a aucun danger, et on peut être sûr d’avance que le dit café à un sou la tasse ne peut être que du café très bonasse et
nullement dangereux. Je voudrais bien savoir si tu as vu M. Louis et ce qu’il pense de ta gorge et de ton
remède1. Tu serais bien bon et bien gentil de venir tout de suite en sortant
de chez lui me dire ce qu’il pense de ton bobo. Le temps est beaucoup moins féroce
aujourd’hui que ces jours derniers ; il faut espérer que cela influera en bien sur
ta
pauvre petite gorgerette.
Je suis furieuse contre Cocotte, contre Dédé, contre
toi, contre toute la nature. Comment ! Je vous donne une ravissante petite bête, douce
comme un matin, et vous ne savez pas vous en servir, et vous la laissez redevenir
sauvage comme un oiseau des MONTAGNES. Vraiment, vous êtes par trop stupides et par
trop VILLAGEOIS. Rendez-moi mon mogneau2 tout de suite puisque vous ne savez pas
le gouverner mieux que ça. Taisez-vous, vous êtes tous des bêtes, et Toto, tout le
premier.
Baisez-moi malgré cela, fichu scélérat.
Juliette
1 Juliette doute des vertus de l’alun, qu’elle croit même toxique.
2 Juliette orthographie et prononce souvent « moineau » ainsi.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
