« 16 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 49-50], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11669, page consultée le 10 août 2026.
16 avril [1844], mardi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon Toto bien aimé. Bonjour, mon cher petit homme adoré. Bonjour, mon doux,
mon charmant, mon ravissant petit homme, bonjour, je t’aime. Comment vas-tu ? Comment
vont tes beaux yeux, comment va toute ta chère petite personne adorée ? Te verrai-je
bientôt ? Tu me combleras de joie si tu peux extraire de ton travail et de tes
occupations un moment pour venir me voir. Je t’aime.
Je te dirai, mon pauvre
ange, que je viens de faire un accident hideux. J’ai renversé mon encrier sur mon
lit.
Heureusement que mon encre était de la boue, ce qui fait qu’elle n’a pas pénétréa jusqu’à mes couvertures. Mais je n’en
suis pas moins barbouillée et vexée comme une dindonne que je suis. À partir
d’aujourd’hui, je ne veux plus écrire dans mon lit. Cette paresse m’a trop mal réussi
ce matin. Je suis agacée et hébétée par les cris de cette petite Cocotte ; décidément, je crois être sûre que je ne
peux plus la garder. Dédé sera peut-être
moins nerveuse que moi ; et puis, elle est si douce que cela la ravira au moins pour
un moment. En attendant, la petite scélérate profite de son reste pour me déchirer
les
oreilles. Crie, crie donc, vilaine cocotte.
Baise-moi, mon Toto, et tâche de
venir me consoler de toutes mes infortunes. J’ai bien besoin de te voir pour me
redonner de la patience et du calme.
Juliette
a « pénétrée ».
« 16 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 51-52], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11669, page consultée le 10 août 2026.
16 avril [1844], mardi soir, 5 h. ³∕₄
Je viens encore de faire acheter du papier, mon cher petit homme, vous voyez bien
que
vous n’avez pas le sens commun de ne pas en acheter tout de suite une provision.
Depuis quinze jours, voilà à peu près dix sous de perdus ; avec ces dix sous-là,
j’aurais eu un beau pot de fleurs ou le quart d’une botte d’asperges. Voime, voime, Toto est une bête.
Je t’aime, mon
Victor chéri. Je tâcherai d’être bien raisonnable. Si tu ne viens pas avant cette
nuit, je me dirai que tu comptes avec Bernard, que tu penses à moi, que tu me plains et que tu m’aimes. Cela
me donnera des forces et du courage pour t’attendre.
J’ai reçu une lettre de
Claire qui me dit de ne pas l’envoyer
chercher avant dimanche parce que le frère de Mlle Delisle doit venir l’interroger
et l’examiner samedi. Je voudrais que la pauvre enfant fût en état de passer son
premier examen tout de suite. Cela l’encouragerait d’autant et ce serait aussi un
acheminement à une indépendance que je brûle de lui voir dans l’espoir de te soulager
de ce surcroît de charge que son père t’a si généreusement
mis sur les bras depuis quatre ans1. Nous saurons dimanche ce
que ce monsieur lui aura dit. D’ici là, je vais bien t’aimer et bien te désirer, mon
adoré. C’est mon occupation de tous les instants.
Juliette
1 Claire prépare l’examen pour devenir institutrice, qu’elle ne réussira jamais
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
