« 27 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 335-336], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11650, page consultée le 24 janvier 2026.
27 mars [1844], mercredi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour, comment
va
ta poitrine mon Toto chéri ? Si elle te fait autant de mal que ces jours passés, c’est
que ma tisanea n’agit pas
suffisamment et tu devrais consulter M. Louis. Il ne serait pas raisonnable d’attendre que cette petite
irritation devienne plus sérieuse, n’est-ce pas, mon amour ? Le temps est bien doux
et
doit te faire du bien ? Je crains, mon pauvre ange, que l’excès de travail et le petit
chagrin de famille qui vient s’y ajouter ne soient les causes principales, sinonb les seules de ton indisposition. Il
faudrait prendre sur toi de te reposer et de ne pas prendre autant à cœur des
évènements qui ne te sont pas tout à fait personnels et contre lesquels tu ne peux
rien. Pauvre adoré, tous ces conseils si faciles à donner, je sens bien, avec le cœur
et le dévouement que tu as, que tu ne pourras pas les suivre ! C’est ce qui me
tourmente et me rend triste car je sens combien ta santé y est intéressée. Que faire ?
Je suis prête à tout pour te conserver la santé et le repos, ne crains pas de
m’indiquer tout ce qui dépend de moi pour cela. Je t’aime, mon Victor adoré, Dieu
le
sait.
Tu m’as fait espérer de me faire sortir aujourd’hui. Je veux être prête de
bonne heure pour profiter de ta bonne volonté dans le cas où tu pourrais la mettre
à
exécution. Je me dépêche autant que la présence de Cocotte sur mon doigt me le permet, ce qui n’est rien moins que facile
en y joignant les cris de Jacquot et de
Suzanne parlant à son chat. Je serai prête
à une heure et peut-être auparavant. Et puis je t’aime de toute âme.
Juliette
a « tisanne ».
b « si non ».
« 27 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 337-338], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11650, page consultée le 24 janvier 2026.
27 mars [1844], mercredi après-midi, 2 h. ¼
Je n’ai pas besoin de te dire, mon Toto chéri, que je suis sous les armes depuis plus
d’une heure ? Je ne m’impatiente pas mais je suis triste parce que je prévois que
la
douce promenade que tu m’avais promise ne pourra pas se faire. Je sais que ce n’est
pas ta faute, mon bien-aimé, aussi je ne t’en veux pas, mais je regrette ce pauvre
petit moment de bonheur sur lequel j’ai un peu trop compté. La joie d’être avec toi
est si vive que, même pour aller voir cette pauvre malade1, je trouve un grand bonheur malgré le triste but de ma sortie. Enfin, mon
pauvre adoré, ce n’est pas ta faute, voilà ce qu’il faut que je me dise et redise
pour
adoucir l’amertume de mon désappointement. Il fait si beau et si doux aujourd’hui
que
je n’ai pas allumé de feu. Je n’en allumerai que lorsque tout espoir de sortir avec
toi aujourd’hui sera perdu.
Tout à l’heure le porteur d’eau vient de frapper à
la porte, cela m’a fait battre le cœur. Hélas ! …a Ce n’était que de l’eau claire.
Je vais lire l’article de P. A. Garnier2 que j’ai déjà
très commencé. Jusqu’à présent il est impossible d’entrer davantage dans tes idées.
Thierry ni Théophile lui-même ne se sont jamais expliquésb plus nettement sur Boileau, Racine,
Voltaire etc. Je crois que tu feras bien d’écrire à ce M. Garnier. La chose en vaut
la
peine car c’est fait avec intelligence, avec conviction et d’abondance. Je parle un
peu de tout cela comme les aveugles des couleurs mais tu le veux. Je t’obéis et je
t’adore.
Juliette
2 S’agit-il de Pierre-Auguste Garnier, frère ainé d’Auguste-Désiré et de François-Hippolyte qui fondèrent la librairie-édition Garnier en 1833 et qui vint les rejoindre ? Dans Le Moniteur de la Libraire de mars 1844, on trouve une référence à la Revue de la Province et de Paris comportant dans sa livraison de mars des articles de critique, « par MM. V. Paquet, Th. Coursiers, J. Luthereau, Eug. de Lonlay, P. A. Garnier », p. 313. L’article en question est à élucider.
a Les points de suspension se poursuivent jusqu’à la fin de la ligne.
b « expliqué ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
