« 17 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 299-300], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11640, page consultée le 24 janvier 2026.
17 mars [1844], dimanche matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour mon cher amour bien aimé. Bonjour, comment
vas-tu ce matin, mon cher adoré ? Tu travailles comme un pauvre chien car tu ne
connais ni fête ni dimanche, toi. Tu travailles toujours sans prendre un moment de
repos. Pauvre ange bien aimé, je n’ai pas de mots pour te dire combien je t’aime,
tout
ce que je pourrais dire est trop au-dessous de ce que je sens. Sois béni, mon pauvre
bien-aimé, dans tous ceux que tu aimes. Tu ne le seras jamais autant que tu le
méritesa et que je le désire.
Je pense à toi, je te désire, je l’espère et je suis bien raisonnable.Je t’écris avec ma Cocotte sur le doigt, c’est le seul moyen de l’empêcher de crier. Mais
en revanche c’est peu commode pour l’écriture. Je ne sais comment tenir mon papier
et
comment me garantir de sa queue. Je crois que je me déciderai à la donner à Dédé quoique cela me fasse de la peine de m’en
séparer. Cependant, je crois qu’il faudra que j’en vienne à cette dure extrémité.
En
attendant, je fais tout ce que je peux pour la civiliser. C’est aujourd’hui que j’ai
Mme Triger,
son fils et Mlle Féau à dîner. Il y a six semaines que Mme Triger n’est pas venue dîner. Quantb à Mlle Féau c’est son premier début. Vois-tu mon adoré, ces braves gens ne sont rien
moins que drôlesc mais j’ai besoin de
voir de temps en temps un chien coiffé quelconque pour avoir le prétexte de parler
de
toi, pour verser le trop plein de mon admiration et de mon adoration qui souvent me
porte à la tête et me fait être méchante et injuste envers toi. Comme hygiène, cela
m’est utile sinon nécessaire. Mais je te le répète, cela n’est rien moins qu’amusant.
Toi seul peuxd me donner le plaisir et
le bonheur.
Juliette
a « mérite ».
b « Quand ».
c « drôle ».
d « peux ».
« 17 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 301-302], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11640, page consultée le 24 janvier 2026.
17 mars [1844], dimanche après-midi, 4 h. ½
Penser à toi, m’occuper de toi, te désirer et t’aimer, voilà toute ma vie, mon adoré.
Le reste n’existe pas pour moi et si je le fais c’est comme on dit pour tuerle temps et sans avoir la conscience de ce que je fais.
Je t’aime comme tu dois être aimé, c’est-à-dire exclusivement. Je t’aime plus
que tu ne peux le souhaiter quelle quea soit ton ambition, fût-elleb égalec à la grandeur
et à l’infini du bon Dieu. Mon Victor adoré, jamais tu ne sauras, dans cette vie du
moins, combien je t’aime.
Je t’écris en attendant mes péronnelles1. Si je pouvais penser que cela te fasse venir une seconde plus tard ou te
fasse en aller une seconde plus tôt, je ne les verrais jamais, mais tu m’assures bien
que cela n’a pas cette influence sur mon bonheur, n’est-ce pas, mon adoré ? C’est
ce
qui fait que je les reçois pour avoir une occasion de parler de toi chaque fois que
je
les vois.
Pense à moi, mon Toto adoré, je le sentirai et cela me fera du
bonheur. Je vous aime, vous. Soyez-moi bien fidèle de corps, de cœur, du regard et
de
la pensée. Je mourrais, mon Victor, si jamais tu m’étais infidèle, c’est-à-dire si
jamais tu ne m’aimais plus ou si tu m’aimais moins, ce qui revient au même. Je baise
tes yeux, tes lèvres, ton cœur, tes pieds, pour les empêcher de me trahir.
Juliette
1 Il s’agit de sa fille Claire sans doute accompagnée de Mme Lanvin
a « quelque ».
b « il ».
c « égale ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
