« 20 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 71-72], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11552, page consultée le 24 janvier 2026.
20 novembre [1843], lundi matin, 11 h.
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon Toto adoré. Comment vas-tu ce matin ? TU NE
ME DIS PLUS RIEN. C’est très prudent de ta part mais je n’en suis pas plus avancée
que
si tu me CHANTAIS toujours la même chanson. J’ai tout autant de confiance dans ton
SILENCE que dans tes PROMESSES. Vous devriez rougir de honte si vous aviez le plus
petit cœur. C’est aussi l’avis de Cocotte.
Oui, oui, oui. À propos de Cocotte, je n’ai toujours
aucune nouvelle de Jacquot. Il serait très
mal venu aujourd’hui car je n’ai pas le sou et la Suzanne a fait venir du charbon ce matin. Ainsi, je lui conseille de
rester en Bretagne le plus longtemps qu’il pourra maintenant que le tour est fait de l’avoir demandé à ces braves gens1. Claire ne se doute de rien. Elle étudie dans ce moment-ci l’art de ne pas
perdre l’intérêt de sa [illis.] quand elle en aura. Je trouve la chose trop essentielle
pour la troubler dans une étude aussi nécessaire. Du reste elle va bien ce matin mais
il faudrait que ce ne fût pas pour un moment. Il faudrait que le père Triger aide la nature à se régler pour éviter ces
fréquentes indispositions. Nous verrons ce qu’il dira tantôt. S’il n’y a pas besoin
de
sangsues je la renverrai à la pension demain matin voilà tout. Il est important
qu’elle ne perde pas de temps ni d’une façon ni de l’autre. Voilà mon avis et le sien
aussi car la pauvre enfant est très raisonnable maintenant. Elle étudie avec joie
à
présent, on sent qu’elle est heureuse intérieurement. Cela n’a pas été sans peine
mais
enfin cela est.
Je voudrais bien mon petit Toto chéri que vous me donniez aussi
la joie intérieure. Il y a bien longtemps que vous me le promettez. C’est seulement
depuis hier que vous ne me promettez plus rien. Je ne vois
pas que votre silence soit plus significatif que vos promesses. Cependant mon Toto
adoré je vous aime de toute mon âme et je vous désire autant que je vous aime.
Qu’est-ce qu’il vous faut donc pour vous attirer ?
Juliette
1 La sœur de Juliette, à Brest, doit lui envoyer son perroquet Jacquot
« 20 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 73-74], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11552, page consultée le 24 janvier 2026.
20 novembre [1843], lundi soir, 4 h.
Je viens de voir le médecin, voici ce qu’il ordonne : un régime très tonique dont
tu
verras le détail écrit. Du [pain au rouge ?] infusé dans du vin de
bordeauxa, beaucoup de chaleur aux
pieds ; et, si le sang n’a pas repris son cours, une saignée de pied à [illis.] ou des
sangsues aux cuisses. Ne pas se prêter aux retards afin de forcer la nature à faire
son office en temps et heure. Voilà, mon Toto chéri, ce qu’a dit le sieur Triger.
Je m’aperçois que j’ai mis mon papier
sans devant dimanche mais ça t’est bien égal et à moi aussi. Je t’aime très droit
et
très à sa place. Je ne me trompe jamais, en cela il n’y a pas de dangers. Seulement
je
ne te vois pas assez, voilà ce qui me chiffonne et ce qui m’exaspère. Tu as toujours
trente-six mille prétextes pour ne pas venir et pour ne pas rester, c’est très
ennuyeux. Je n’ai plus de fumistes, je n’attends plus de Triger, ma péronnelle sera
réintégrée demain dans son capharnaüm, vous n’aurez donc plus de prétexte à me donner,
en supposant que ceux que je viens d’énumérer puissent passer pour des prétextes.
Je
vous assure que je serai méchante comme un chien si vous ne venez pas déjeuner avec moi nuit et jour. Je n’entends plus aucune mauvaise raison, je le veux, je
le veux, je le veux. Vous entendez bien ça Toto. Qu’est-ce que vous faites dans ce
moment-ci, où êtes-vous, à qui pensez-vous et qui aimez-vous ? Je voudrais bien le
savoir. Dépêchez-vous de venir me le dire. Baisez-moi monstre, sinon de fait, au moins
d’intention et de désir. Je vous aime trop mais je vais tâcher de ma corriger de ce
défaut-là. Ce sera bien fait si j’y réussis.
Juliette
a « bordeau ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
