« 24 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 147-148], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10752, page consultée le 25 janvier 2026.
24 septembre, dimanche matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon adoré petite homme, bonjour, comment vas-tu
ce matin, comment va ton œil et ton genoua ? Si tu ressens la douleur aussi forte qu’hier, il faut faire
venir M. Triger, ne fût-ceb que pour ne pas tirer d’inquiétude.
Pauvre ange bien-aimé doux et triste, qu’est-ce que je pourrais faire pour adoucir
ton
chagrin ? T’aimer au-delà de tout au monde ne suffit pas car tu n’aurais jamais
sentic le malheur. Mon Toto adoré
pense à moi dont tu es la vie et sois moins malheureux.
Quand reprendras-tu tes
bonnes habitudes, mon Toto bien-aimé ? Quand reviendras-tu déjeuner avec moi ? Il y a bien longtemps que cela ne nous est arrivé. Tous les jours je
te désire de toute mon âme et tous les jours tu ne viens pas. Mon cher, cher petit
homme, il faut venir bien vite ou je vous donnerai des coups.
En attendant, je
vais prendre un bain tout à l’heure. Ma grande fille est à la messe et Cocotte sur son bâton. Vous voyez que tout est à sa
place mon petit homme ? Vous seul manquez à l’ordre de ma maison. Tâchez de vous
ranger bien vite à votre devoir ou vous aurez affaire à moi.
Le temps est bien
grimaud ce matin et bien froid. C’est à peine si je [vois ?] à t’écrire
et si je ne grelotte pas. Prends garde de t’enrhumer mon cher petit bien-aimé et
surveille notre petit Toto1 qui pourrait
bien faire quelque imprudence et reprendre un rhume, ce qui serait très fâcheux pour
ne pas dire plus. Embrasse pour moi ma chère petite Dédé et donne lui Cocotte de ma part si cela peut la rendre
heureuse.
Je baise tes chers petits pieds ravissants et ton pauvre genoud et ton pauvre œil et je t’adore.
Juliette
a « genoux ».
b « fusse ».
c « sentie ».
d « genoux ».
« 24 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 149-150], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10752, page consultée le 25 janvier 2026.
24 septembre, dimanche après-midi, 3 h. ¾
Je viens d’avoir une alerte, mon cher amour, l’affreuse Cocotte avait disparua pendant que je m’habillais dans mon cabinet de toilette. La
scélérate avait été se réfugier chez le marchand de vin du bout de la rue. C’est là
que Suzanne l’a retrouvée. Tout le temps
qu’ont duréb ces recherches, j’étais
très vexée comme tu peux te l’imaginer. J’espère la revoir encore une fois et
dorénavant il faudra que je me tienne sur mes gardes et que je ne la laisse jamais
seule. Je m’aperçois que j’ai fait une bien longue et bien fastueuse description des
escampettes de Cocotte. Je t’en demande pardon mon cher adoré car ce n’est justement
pas cela que j’avais besoin de te dire.
Ce que j’ai à te dire, mon pauvre amour,
c’est que je t’aime de toute mon âme et que tu es plus que jamais ma joie et ma vie.
Ce que je veux te demander, mon Toto bien-aimé, c’est si ton genouc et ton œil te font moins de mal
qu’hier ? Ce que je désire de toutes mes forces, c’est de te voir et de te caresser.
Tu serais mille fois bon et charmant si tu venais dans ce moment. Avec quel bonheur
j’interromprais mon affreux gribouillis pour te sauter au cou, mon pauvre ange. Le
cœur devrait avoir des oreilles pour entendre l’appel du cœur à travers la
distance. Il me semble impossible, si tu savais combien je te désire et combien j’ai
besoin de tes caresses dans ce moment-ci, que tu ne viennes pas tout de suite. Que
fais-tu mon cher adoré au moment où je t’écris ? Penses-tu à moi ? Ne sois pas triste
mon bien-aimé, ne souffre pas mon bel ange, je t’aime, je t’adore, je suis à tes
pieds, je voudrais mourir pour toi.
Juliette
a « disparue ».
b « a duré ».
c « genoux ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
