« 21 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 81-82], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12174, page consultée le 24 janvier 2026.
21 août [1842], dimanche matin, 9 h. ¼
Bonjour mon cher Toto adoré. Bonjour mon cher bien-aimé. Comment vas-tu ce matin, comment va le pauvre petit malade1 ? Je pense à vous, mes chers petits amis, et je vous aime de toute mon âme. J’ai été réveillée ce matin par un grand coup de sonnette pendant que Suzanne était à la messe. Ne sachant pas qui ce pouvait être, je suis allée m’en informer à travers la porte. C’était le petit garçon aveugle du portier, qui avait laissé envoler son MOGNEAU2 sur la fenêtre de la cuisine. J’aurais bien envoyé le petit diable à l’autre diable de bon cœur pour m’avoir ainsi réveillée, mais je me suis contentéea d’aller chercher le susdit mogneau dans la cuisine, lequel a pris l’envolée dès qu’il m’a vueb, bien entendu. Depuis ce temps, d’étage en étage, et à tous les mogneaux quelconques qui se hasardent de ce côté, on fait des agaceries et on les amorce avec des croûtes de pain. Jusqu’à présent ça n’a réussi qu’à me redonner mal à la tête, que j’aurais peut être eu sans ça. Voilà, mon amour adoré, les événements de ce matin, cela promet pour la suite de la journée. Mais ce qui me guérit, me console et m’enchante, c’est la petite promenade de demain. QUEL BONHEUR !!! Je serai prête à trois heures du matin. Il n’[y] a rien de tel comme le bonheur pour vous éveiller et je serai si heureuse demain.
Juliette
1 François-Victor Hugo se remet d’une grave maladie pulmonaire.
2 Graphie fantaisiste de « moineau » imitant une prononciation populaire.
a « contenté ».
b « vu ».
« 21 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 83-84], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12174, page consultée le 24 janvier 2026.
21 août [1842], dimanche, midi ¾
Je suis frottée, coiffée, mon
ménage est fait, enfin je suis toute prête à partir pour n’importe où vous
voudrez me mener. J’ai prévenu le Ledon pour
demain matin, j’espère qu’il ne me manquera pas. Vous voyez, mon amour, que je suis
une femme diligente. Pourquoi ne suis-je pas une femme DILIGENCE ? Je m’en irais avec
vous jusqu’où la terre pourrait me porter. Mais je ne veux pas entamer ce chapitre-là
parce que cela me met toujours du noir dans le cœur. J’aime mieux penser à la matinée
de demain, cela me rafraîchit la tête et me donne de la joie dans l’âme. Pourvu que
cette pauvre duchesse ne contremande pas la visite qu’elle a tant sollicitéea1 et qui doit me donner tant de bonheur. Je suis si malencontreuse que
cela serait très possible. Non, ça n’est pas possible et je ne veux pas offenser le
bon Dieu en le soupçonnant d’avance de cette affreuse méchanceté.
Jour Toto. Jour mon cher petit o. Comment va ton enfant bien aimé, comment vas-tu toi-même, mon adoré ? Je
t’attends avec impatience pour le savoir et pour te baiser des pieds à la tête.
Je reconnais que j’ai été une vieille méchante et une vieille rococo hier matin.
Pardonne-moi, mon cher adoré. Pardonne-moi aussi de t’aimer trop. Pardonne-moi encore
de ne pas vouloir me corriger de ce vilain défaut et de vouloir mourir dans
l’impénitence finale. Je vous dis que vous êtes mon ravissant petit CHIRAGREREUX2.
Juliette
1 Cette lettre ainsi que celle du lendemain semblent suggérer que Victor Hugo et Juliette ont fait une autre visite à la duchesse d’Orléans le 22 août 1842.
2 Déformation fantaisiste de « chiragre », faisant référence au fait que Victor Hugo souffrait de goutte à la main.
a « sollicité ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
