« 2 mai 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 5-6], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10559, page consultée le 06 août 2026.
2 mai [1842], lundi matin, 10 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher petit homme, comment vas-tu ? bien
n’est-ce pas, mon cher petit adoré. Il fait si beau que cela va te guérir à fond mon
cher petit ver à soie. Moi je ne sais pas ce que le beau temps et la chaleur me feront
mais j’ai passé une nuit blanche, je me suis relevée quatre fois, je n’ai commencé
à
m’endormir que vers six heures et demie du matin, toute la nuit je l’avais passéea à me tourner
d’un côté sur l’autre. Ce matin je ne souffre presque pas mais je redoute l’après
déjeuner, enfin au petit bonheur. Je ne suis toujours pas dangereusement malade
puisque j’ai une faim du diable. Jour Toto,
jour mon cher petit o que voilà un beau temps, hein ! … que je voudrais aller me promener bien loin
avec vous. Je sais bien que c’est comme si [illis.] pas et que vous n’en tiendrez pas
plus compte que si je n’existais pas. C’est bien peu drôle surtout quand ça se
prolonge indéfiniment. Aussi pour passer le temps je m’amuse à être malade, il
pourrait bien se faire que je pousse la réjouissance jusqu’à crever de ma belle mort.
En attendant ce dernier degré de jubilation je m’embête au superlatif et je donnerais
ma vie pour deux sous et celle de Jacquot
comme appoint à qui voudrait la prendre. Jour Toto, jour mon cher petit Toto. Tu te
fiches de tout ça et tu as bien raison, si j’étais à ta place j’en ferais peut-être
autant, mais à la mienne je bisque et j’enrage impérieusement.
Je ne te verrai
probablement pas avant sept heures du soir : le temps de te laver tes yeux et d’écrire
une lettre ou deux. HEUREUSE [illis.] en voilà du bonheur là là, Monsire Matame, je [illis.] tu bonheur [illis.] blein mon tos.
Ce n’est pas là où on le place d’ordinaire, le bonheur, mais depuis deux ans nous
avons changé tout cela. Je porte mon cœur à droite, mon bonheur plein mon dos et mon
[Toto ?] je ne la porte pas du tout c’est plutôt fort.
Juliette
a « passé ».
« 2 mai 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 7-8], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10559, page consultée le 06 août 2026.
2 mai [1842], lundi après-midi, 4 heures ½
Je vais prendre un bain, mon cher bien-aimé, car décidément je ne me sens pas bien. Peut-être même me coucherai-je en en sortant et si je ne suis pas mieux j’enverrai chercher M. Triger. Je souffre presque autant que l’autre fois. Je ne sais pas à quoi cela tient. Du reste, mon amour, je suis persuadée que je n’en ai pas pour longtemps à vivre mais ce n’est pas ce qui m’attriste, au contraire, mais c’est parce que tu me fais déjà vivre comme si j’étais morte et enterrée. Je ne sais pas comment ta logique académique se trouvera de cette phrase dans laquelle la mort et la vie se trouvent pêle-mêle et enchevêtrées la tête en bas, les pieds en l’air, mais ce que je veux dire c’est que je trouve que pour le peu de temps qui me reste, tu le laisses perdre sans profit pour aucun de nous comme si j’en avais de TROP. Enfin mon pauvre bien-aimé, tu sais ce que tu fais et cela doit être ainsi apparemment puisque tu le fais. Moi je ne suis ici que pour t’aimer de quelque façon que tu en usesa. Baise-moi, ainsi ne te gêne pas mon Toto chéri et crache dessus mes gémissements. Mme Franque m’a envoyé un petit mot par la blanchisseuse pour me prier de consoler Marion1 et de mettre les lettres qui arriveront chez elle sous enveloppe à l’adresse de Mme Pierceau, ce que j’ai déjà fait hier. Il n’y a pas autre chose de nouveau et mon bouton est plus perdu que jamais. Sur ce baisez-moi mon adoré, je vais me mettre au bain. J’espère être plus aimable et moins lugubre tout à l’heure quand je vous verrai. En attendant je vous adore.
Juliette
1 À identifier.
a « uses ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
