« 24 décembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 241-242], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8386, page consultée le 26 janvier 2026.
24 décembre [1841], vendredi, midi ½
Bonjour mon petit Toto, bonjour mon cher petit homme, bonjour mon vieux Chinois1. Je savais bien que vous ne viendriez
pas, aujourd’hui que vous étiez libre de toute Académie. Je vous connais comme si
je
vous avais fait, ce n’est pas une fameuse connaissance, je vous en réponds.
Taisez-vous.
Comment allez-vous ce matin, monstre ? Moi, je vais bien et je vous
aime comme si je n’étais pas furieuse contre vous, mais voilà comme je suis, moi,
sans
amour mais pas SANS CŒUR comme vous. J’ai le sieur Jacquot sur mon lit qui joue avec mes plumes en attendant qu’il joue
avec mes doigts pour les dévorer. Je suis sur mes gardes et je lui promets une pile
soignée s’il a cette audace. Le voilà sur ma table de nuit, j’aimerais mieux autre
chose parce qu’il va me la déchirer justement. Que le diable l’emporte et la SERVADE aussi pour n’avoir pas éloigné cette lettre.
Ah, le voici revenu sur son bâton.
Dites donc, mon Toto, je n’ai plus que sept
jours pour avoir ce que je désire le plus APRÈS VOUS2. QUEL BONHEUR ce jour-là ! Quel dommage
que ce hideux Barbedienne n’ait pas voulu compléter mes étrennes par votre petit
médaillon3. J’aurais été au grand
complet, en supposant que l’ORIGINAL sea
soit trouvé à son poste. Enfin, comme il faut toujours désirer QUELQU’UN ou QUELQUE
CHOSE, je vous désire depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre et je désirerai le
médaillon jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu, à Barbedienne et à Collasb de me le donner4. Sur ce, baisez-moi à cette distance, nous ne nous mordrons
pas, ce sera plus sûr que mon doigt dans le bec de Jacquot. Baisez-moi toujours, sinon
de fait, au moins d’intention, et pensez à revenir bien vite auprès de votre pauvre
Juju qui vous aime de toutes ses forces, de tout son cœur et de toute son âme.
Juliette
1 Juliette appelle Hugo ainsi car il éprouve un intérêt tout particulier pour cette culture. Il en parle dans ses œuvres et collectionne aussi chez lui de nombreux objets de Chine.
2 À l’occasion de la nouvelle année, Hugo écrit toujours à Juliette une lettre qu’elle conserve précieusement dans le Livre rouge, et elle aime faire le décompte des jours qui la séparent des cadeaux qu’elle attend.
3 Juliette a fait fondre par Ferdinand Barbedienne un buste de Hugo qu’elle a enfin reçu le 29 novembre. Cependant, elle attend aussi de lui un médaillon contenant le portrait de son amant, mais le 20 novembre, elle redoutait qu’il ne fasse banqueroute. Depuis, elle demande donc instamment à Hugo de la mener à la fonderie.
4 Barbedienne s’est associé en 1838 avec l’ingénieur mécanicien Achille Collas (1795-1859), inventeur d’un procédé de reproduction en bronze et d’objets d’art à échelle moindre.
a « ce ».
b « Colas ».
« 24 décembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 243-244], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8386, page consultée le 26 janvier 2026.
24 décembre [1841], vendredi soir, 4 h. ½
Tournez votre cher petit museau de mon côté, mon amour, que je vous y dépose un
monceau de baisers tous plus chauds les uns que les autres attendu le lieu d’où ils
viennent.
Je vous dirai que j’ai eu tout à l’heure, pour la seconde fois, la
visite du facteur à qui j’ai donné 1 F. en échange d’un
almanach de 4 sous. En outre, j’ai payé un carreau de salle
à manger que la bonne avait eu l’esprit de casser hier au soir. Depuis ce matin,
j’achète des tripoli1, des grèsa, des eaux [seconde ?] et de cuivre, du savon noir et
blanc, de l’encaustiqueb à noyer
et à acajou, bref je me ruine pour ma fin d’année, c’est toujours ça.
Mais vous,
mon Toto, que faites-vous, où êtes-vous, qui aimez-vous et quand viendrez-vous ? Plus
je vous désire, plus je vous aime et moins vous venez, ceci est depuis un bout de
l’année jusqu’à l’autre. Je m’y habitue de moins en moins, ce qui devrait vous
encourager à ne pas continuer. Tâchez donc, mon petit bien-aimé, de venir tout de
suite, vous me ferez tant de bonheur que vous serez bien payé de l’effroyable effort
que vous aurez fait. Je ne vous demande pas à sortir ce soir parce que ce serait
inutile mais je vous prie de venir de bonne heure et de rester un peu longtemps. Je
vous aime, mon Toto, vous ne saurez jamais combien.
Juliette
1 Variété de farine fossile siliceuse, utilisée comme poudre abrasive.
a « grè ».
b « anscottic ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
