« 27 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 95-96], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7714, page consultée le 24 janvier 2026.
27 avril [1841], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme. Je suis levée depuis une
heure et demie, j’ai secoué toutes mes plumes, j’ai fait ta tisanea dans le cas [où] tu
viendrais ce matin avec tes pauvres yeux fatigués. Je me suis aperçueb que tu as oublié ta bourse cette nuit.
Hum, si je voulais, quelle raflec je
ferais mais je ne le veux pas, je veux vous combler de ma probité.
Jour Toto, jour mon petit o. Quelle absurde Juju je fais, n’est-ce pas mon
pauvre amour ? Mais dès que vient une heure du matin et que tu n’es pas là ou que
tu
ne me parlesd pas, je ne peux pas
vaincre la somnolence qui s’empare de moi. Ainsi à peine as-tu été parti cette nuit
que la seule action de fermer ma porte et de te souhaiter le bonsoir m’a réveillée
au
point que j’ai été très longtemps sans pouvoir me rendormir. Mais aussi pense donc,
pas d’exercice, toujours seule, il y a de quoi alourdir et endormir n’importe qui.
Ce matin j’ai très mal à la tête, c’est pour cela qu’auparavant de t’écrire j’ai
voulu me secouer un peu. Je t’aime mon Toto, je t’adore mon bon petit homme.
Juliette
a « tisanne ».
b « apperçu ».
c « raffle ».
d « parle ».
« 27 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 97-98], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7714, page consultée le 24 janvier 2026.
27 avril [1841], mardi soir, 5 h ½
Voici déjà bien plus d’une heure que vous êtes parti mon cher petit blagueur et que
vous n’êtes pas revenu, sans compter que vous n’êtes pas encore revenant.
Depuis ce temps, j’ai eu la visite de Résisieux et de Jonas qui y prennent goût à ce qui paraîta car je les ai eusb
aussi dimanche1. Cela peut me remplacer mon pigeon au besoin2 et puis, autant vous
redoutez les Jonas de quatorze ans, autant vous désirez et
vous vous confiez au Jonas de 14 mois3. Au fait c’est très conséquent.
J’ai
fait mon atroce tisanec ou plutôt
mon effroyable médecine4, je n’ai jamais rien
senti d’aussi mauvais ni rien vu d’aussi verdâtre. Pouah ! je ne sais pas si je
pourrai me résoudre à avaler ça ce soir. Quantd à la pommadee
elle est d’un vert émeraude charmant et puis ça ne se mange pas, c’est bien différent.
Il faudra joliment me dandinerf ce soir si vous voulez que je
m’insinue le susdit breuvage dans [mon] pauvre CAURPS. En attendant je vous attendsg et vous ne venez pas. Au reste j’en
étais bien sûre. Je vous aime, vieux scélérat, baisez-moi.
Juliette
1 C’est en général le dimanche que Juliette reçoit la visite de ses connaissances et de ses quelques amies qui viennent dîner chez elle. Il s’agit surtout de Mme Triger, de Mme Guérard, de Mme Besancenot et de Mme Pierceau.
3 À élucider pour « le Jonas de 14 mois ». Concernant Jonas Besancenot, Juliette décrit fréquemment dans ses lettres le garçon comme très agité, insupportable, un « petit scélérat », et elle appelle communément « Jonas » tous les petits garçons de sa connaissance.
4 Juliette souffre souvent de maux de ventre ou de tête violents et vient donc de commencer un traitement, prescrit par le docteur Triger, qui va durer plusieurs mois. Elle précise ses recommandations le 21 avril.
a « parrait ».
b « eu ».
c « tisanne ».
d « Quand ».
e « pomade ».
f « dandinez ».
g « attens ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
