« 13 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 213-214], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9706, page consultée le 24 janvier 2026.
13 décembre [1835], dimanche matin, 10 h. ½
Bonjour, mon petit homme chéri, comment vas-tu ce matin, m’aimes-tu ? As-tu bien
dormi, viendras-tu bientôt ? Moi, j’ai très bien dormi, je vous aime très bien et
je
vous désire de toutes mes forces.
Je suis dans un nuage de fumée, de par lequel
je ne distingue pas les lettres que je trace. Je pleure, je rugis, je maudis la
propriétaire et son auguste famille.
Vous savez, mon petit homme chéri, que vous
m’avez promis depuis bien longtemps de dîner avec moi. J’attends avec bien de
l’impatience ce jour-là qui me donnera une soirée toute entière avec vous.
Mon
cher bien-aimé, il m’a semblé qu’hier au soir tu étais triste, et que tu m’aimais
moins. J’espère m’être trompée sur les deux choses, car je ne t’ai rien fait pour
être
triste et je t’aime plus que jamais je ne t’ai aimé. Donc tu n’as pas de raison pour
avoir ni l’un, ni l’autre de ces deux sentiments avec ta pauvre Juju qui met toute
sa
joie dans ton sourire, tout son bonheur dans un de tes baisers. Quand je te verrai
tantôt, je te baiserai de toute mon âme, et partout, et je vous forcerai bien à être
heureux et geaie comme une oie. Maintenant, il
s’agit que vous veniez très tôt, tréteaux, ça ne vous est pas facile à vous. Oh !
si
c’était moi ! C’est que je vous aime, moi. Voilà le grand secret.
Juliette
« 13 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 215-216], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9706, page consultée le 24 janvier 2026.
13 décembre [1835], dimanche soir, 8 h.
Mon cher petit homme, je t’aime. Mon cher petit Toto, je vous adore. Si tu es bien
gentil, tu viendras te coucher tout de ton long auprès de moi. Si vous n’êtes qu’à
demi aimable, vous viendrez me prendre pour aller voir jouer le vieux bonhomme dans le rôle d’Henriette1. Et si vous êtes un
monstre barbare, vous ne viendrez que trop tard après avoir bien fait désirer et
enragera votre
pauvre victime cloîtrée2. Je crains d’autant plus que vous ne
veniez tard, que vous êtes ce soir fraîchement barbifié, et que l’imprudente MmeRichi vous ayant fait connaître à quel
point vos avantages physiques sont développés, vous n’ayez la fatuité de faire admirer
vos grâces aux élus de votre cercle, auquel cas la pauvre Juju courraitb grand risque de n’avoir pas d’autre
feu de la soirée que celui de sa cheminée, d’autre figure que sa pincette, d’autre
conversation que la Minerve et le Moniteur du Commerce, généralement peu amusants et par habitude fort
assommantsc.
Vous voyez,
mon cher petit Toto, qu’il est vraiment impossible de m’abandonner sans inhumanité
à
ma société de tous les soirs et qu’il est de votre devoir de philanthroped et d’amant de venir à mon secours,
car je vous aime de toutes mes forces.
Juliette
1 Les Femmes savantes, comédie en cinq actes et en vers, de Molière, est alors représentée au Théâtre-Français. Le rôle d’Henriette est tenu par Mademoiselle Mars, que Juliette Drouet surnomme « le vieux bonhomme ».
2 Les Victimes cloîtrées, drame de Monvel (représenté pour la première fois au Théâtre de la Nation, 1791).
a « avoir fait désiré et enragé ».
b « courerait ».
c « assomants ».
d « philantrope ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
