« 10 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 143-144], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10367, page consultée le 24 janvier 2026.
10 décembre [1839], mardi après-midi, 1 h. ½
Bonjour, mon petit homme bien-aimé, bonjour mon adoré. Je t’écris bien tard, n’est-ce pas mon chéri ? Mais tu sais à quelle heure je me suis couchée et de plus j’ai eu une digestion très laborieuse que j’attribue à la petite fanfare d’amour que nous nous sommes donnéea avant ton départ. Je ne regrette pas ma nuit et à ce prix-là je suis prête à recommencer tous les jours et toutes les nuits. Suzanne est allée payer l’épicier et acheter la pommade pour les lèvres. Nous voilà [monter ?] pour un bout de temps, ce n’est pas malheureux après tout l’argent que tu m’as déjà donné. Je vais tâcher le reste du mois de bien économiser, mon bon petit Toto, entends-tu ? Tiens, tiens, il fume et j’ai mal à la tête, c’est trop des deux madame1. Je suis aussi de cet avis et je vais ouvrir la fenêtre malheureusement je ne peux pas en faire autant pour ma tête, je suis obligée de garder mon esprit BOUCHE et mon mal aussi. C’est pas bien amusant. Je ne te demanderai pas de me faire sortir aujourd’hui car tu me refuserais probablement. Je pourrais, il est vrai, dire que je ne veux pas sortir absolument pour que tu m’emmènes de force, mais je dédaigne ce moyen détourné d’obtenir ce que je veux. Je mets ma joie, ma vie et mon bonheur à être ton esclave soumise, ainsi tu peux me laisser six ans dans mon coin pourvu que je te voie et que tu m’aimes, le reste m’est égal et je me moque de l’air, du soleil et de tout. En attendant je voudrais bien vous voir. Je vous adore, mon petit homme. Vous seriez bien i de venir tout de suite.
Juliette
1 Jeu de mots et citation d’une réplique de don Ruy Gomez, à l’acte I d’Hernani : « Nous sommes trois chez vous. C’est trop de deux, Madame ».
a « donnés ».
« 10 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 145-146], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10367, page consultée le 24 janvier 2026.
10 décembre [1839], mardi soir, 5 h ½
Surveillez-moi, mon Toto, car je suis furieusement amoureuse… de vous. Qu’est-ce qui
est collé ? Réponse : Toto, Toto, Toto, Toto. J’ai raconté à la mère Pierceau la caricature de : « Grand papa, ça fiché
de petit maman ». Elle a ri comme une bossue. Je lui ai dit aussi que vous m’aviez
acheté une saucière et 4 assiettes et que j’étais très heureuse et elle m’a dit que
j’en avais l’air. Oh ! Oui je suis heureuse parce que je t’aime, parce que tu m’aimes,
parce que nous nous aimons. Tâche de venir, mon Toto chéri, même sans l’orgie, même sans Madame Galochard1, rien que toi, toi, toi, toi, ça me suffit. Je ne suis pas
difficile comme tu vois. Je voudrais être le petit chien noir de l’autre nuit parce
que je te suivrais partout et que je ne resterais jamais à la
porte, ce qui me manque, mon adoré, c’est de pouvoir te suivre, te servir et de
défendre. Mon rêve, mon paradis, serait de ne jamais te quitter. Hélas, hélas… hélas !
À propos, mon Toto, est-ce que tu ne veux pas me donner à copier jamais ? J’y
pense toujours quand tu n’es pas avec moi et j’oublie de t’en parler quand je te vois
parce que je n’ai jamais que le temps de te dire que tu es ma vie, ma joie et mon
âme.
Mais, mon Toto chéri, si tu ne veux pas que je croie que tu es fâché contre moi et
que
tu ne m’aimes pas il faut me donner à COPIRE tout
de suite et tous les jours. Tu verras comme je m’appliquerai bien et quel bonheur
ce
sera pour moi. Ne me refuse pas, mon adoré, et donne-moi ton bec.
Juliette
1 Monsieur et Madame Galochard est un vaudeville de Lauzanne, Duvert et Saintine (1836).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
