« 26 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 203-204], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8338, page consultée le 24 janvier 2026.
26 mai [1839], samedi soir, 9 h. ¾
Ne croyez pas, mon cher bijou, qu’ila soit si tard que ma folle de pendule le dit. En réalité, il n’est que huit heures et demie. Vois-tu, mon adoré, laisse-moi te parler à cœur ouvert car ce que je vais te dire est la vraie vérité devant Dieu : je suis fâchée de ce que Mme K…1 vient demain dîner. Je sens en ce moment, jusqu’au bout des ongles, combien ce mois-ci a été malheureux pour notre bonheur à cause de toutes les occasions de dépenses qui se sont succédéb les unes aux autres. Je donnerais mon sang pour le convertir en tout l’argent dépensé en billevesées cette semaine et pour pouvoir te dire : « Tiens, mon Toto adoré, repose-toi, aimons-nous et soyons heureux. ». [illis.], mon chéri, épanche le trop-plein de mon cœur sans sourire et sans faire semblant de prendre le change sur les tendres et douces paroles que je te dis. Laisse-moi regretter tout le bonheur que j’ai laissé couler ce mois-ci, comme d’un tonneau percé et sans en profiter, comme une femme stupide quoique je ne t’aie jamais plus aimé. C’est une leçon dont je vais profiter, mon Toto chéri [illis.] vont tendre à me débarrasser honnêtement des occasions de dépenses inutiles. En attendant [illis.] me prouver que tu crois à la sincérité de ma résolution vienscdéjeuner cette nuit avec ta pauvre Juju. Ne me refuse pas cette grâce si tu ne veux pas que je sois la plus triste et la plus malheureuse de femmes demain en présence des deux convives qu’il faut hélas que [j’aie ?].
Juliette
a « qui ».
b « succédées ».
c « vient ».
« 26 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 205-206], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8338, page consultée le 24 janvier 2026.
26 mai [1839], dimanche matin, 11 h. ½
Bonjour, mon petit homme chéri, pourquoi n’es-tu pas venu, mon adoré, déjeuner avec
moi ? Cependant aujourd’hui plus encore qu’à l’ordinaire tu m’aurais comblée de
bonheur car je me figure que ton absence est une manière de boucher les trous que
les
dîners de ma fête et autres… ont fait à notre bourse. Aussi je suis encore plus
affligéea que d’habitude de ne pas
te voir.
J’ai reçu, tout à l’heure, une lettre de Mme Pierceau que j’ai décachetée avec ta permission, et
qui me dit qu’elle ne viendra pas dîner aujourd’hui parce qu’elle est malade et triste
du départ de son D. qui a lieu à midi. Il va à Bruxelles marier les deux
tourtereauxb que tu sais.
Pauvre femme, je la plains car elle aime véritablement cet homme ridicule et vieux.
Je
n’aurai donc que Mme Krafft à dîner. Tu serais le plus ravissant des hommes si tu voulais
nous HONORER de ton appétit et nous serions les plus charmantes et les plus empressées
des ODALISQUES si vous vouliez être MON sultan pendant toute la vie. Je laisserais
la
partie du chant et de la danse à Laure, je
ne garderais que le MOUCHOIR. Voulez-vous, dites ? Oh, ce serait si gentil et si
bienveillant que vous devriez consentir à ce que je vous demande. Je t’aime, mon Toto,
mais je ne tire pas de mon amour tout le bonheur qu’il [contient ?]
Juliette
a « affigée ».
b « tourteraux ».
« 26 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 207-208], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8338, page consultée le 24 janvier 2026.
26 mai [1839], dimanche après-midi, 4 h. ¼
Vous avez fait la sourde oreille à ma proposition, mon Toto, elle était cependant
bien gentille et vous auriez bien dû en tenir compte en venant tantôt dîner avec nous.
Je suis encore toute seule et j’en profite pour vous écrire afin de n’être pas en
arrière si vous aviez la bonne pensée de dîner avec nous et de rester toute la soirée
avec moi.
Qu’est-ce que c’est donc que la passion si malheureuse de Mlle Dédé pour le
CHIQUART1[illis.], est-ce que son antipathiea pour les lions s’est humanisée au point d’aimer les bêtes
quelconques ? J’en serais fâchée pour l’honneur du [illis.] tout entier.
Je vous
aime, Toto, quoique vous ne soyez ni bête ni chiquart. Je vous adore et je me consume
à vous désirer et à vous regretter. Je voudrais pouvoir me changer en mouche pour
vous
suivre partout et pour vous piquer quand vous regardez des femelles qui vous sont
interdites. J’aurais fort à faireb
n’est-ce pas ? Enfin je ne suis qu’une pauvre grosse vieille femme et je vous aime,
surcroît d’infirmités dont vous vous passeriez bien, n’est-il pas vrai ? Baisez-moi
et
soyez i puisque je vous adore.
Juliette
1 À élucider.
a « anthipathie ».
b « affaire ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
