« 26 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 95-96], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8184, page consultée le 24 janvier 2026.
26 avril [1839], vendredi midi
Bonjour mon [petit homme ?] chéri, bonjour mon adoré. Bonjour, je
t’aime. Quel être ravissant et sublime vous êtes, mon Toto. Si je ne vous aimais pas
d’amour, je vous admirerais comme la plus belle merveille du monde. Ce que j’ai
entendu cette nuit me stupéfie[Une phrase a été biffée.]. Je
me trouve bête de dire ça. J’aime mieux te dire que je t’aime. J’ai trop d’amour pour
avoir le sens commun, et puis d’ailleurs je ne connais personne qui puisse louer
dignement les admirables vers que tu as eu la bonté de me dire cette nuit, si ce n’est
toi. C’était bien beau, mon Toto, et il me semblait que Dieu était descendu en moi
pour t’écouter tant les facultésa
de ma vie s’étaient agrandies pour t’entendre, pour te comprendre, pour t’admirer
et
pour t’adorer. Ne te moque pas de moi, mon pauvre ange, si tout ce que je veux dire
n’est pas ce que je dis. Je sens que je t’aime d’un amour divin et je ne trouve que
des paroles insignifiantes ou ridicules pour l’exprimer, c’est pas de ma faute.
Comment vas-tu ce matin, mon chéri, comment vont tes yeux bien-aimés ? Tu n’es pas
venu cette nuit, cependant tu aurais besoin de repos autant que moi de bonheur.
Juliette
a « facultées ».
« 26 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 97-98], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8184, page consultée le 24 janvier 2026.
26 avril [1839], vendredi soir, 6 h. ½
Je vous ai entrevu aujourd’hui, mon Toto, et ce n’est pas assez. Je vous désire plus
que jamais. Je vous dirai pour nouvelle ravissante que j’ai acheté pour cinquante-six
sous de bois et qu’il y en a tout au plus pour la dent creuse de ma cheminée. Ceci
combiné avec l’absence d’appointements fait très bien dans notre paysage
printaniera. S’il ne
s’agissait pas de vos pauvres yeux, je m’en ficherais comme de deux œufs mais c’est
que ce sera à la lumière de vos yeux adorés que je me chaufferai et j’aime mieux
souffler dans mes doigts que de brûler vos beaux yeux par les deux bouts. J’en ai
d’ailleurs besoin pour éclairer et illuminer mon âme jusqu’à la fin de mes jours.
Je n’ai pas envoyé acheter votre petite brosse à peigner parce que mon bois m’a
ruiné. Quant à la petite glace, j’attends M. Bensancenot. Vous saurez, mon Toto, que votre cocotte s’humanise et
qu’elle se façonne à vue d’œil grâce à l’heureux nom dont vous l’avez baptisée et
qui
exerce sa DOUCE influence sur son caractère. Jour
mon petit o. Je vous aime. Quand donc me mènerez-vous à Léo
Burckart1 ? Et quand donc déjeunerons-nous ensemble ? Est-ce que vous serez encore un mois sans me
donner signe de vie ? Je vous préviens que je vous aime et que je [vous
veux ?]
Juliette
1 Pièce d’Alexandre Dumas et Gérard de Nerval jouée à la Porte St Martin depuis le 16 avril.
a « printannier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
