« 12 juillet 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 45-46], transcr. Sandra Glatigny, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2788, page consultée le 25 janvier 2026.
12 juillet [1838], jeudi matin, 10 h. ½
Bonjour mon petit bien-aimé, bonjour mon amour. La journée se prépare chaude et triste car le soleil darde déjà ses rayons sur mes persiennes et toi, tu t’en vas le plus loin possible de moi. Je serai bien heureuse le jour où tu m’emmèneras bien loin. Mon bonheur sera proportionné à la distance que nous mettrons entre nous et Paris, ou plutôt mon bonheur sera dans toute son intensité chaque fois que je pourrai tenir ta chère petite main dans la mienne et mes yeux sur les tiens. Ma Claire est arrivée tout à l’heure. Son œil va bien tout à fait. Il paraît qu’elle dormait comme un sabot quand j’y suis allée. Ainsi je me suis trompée en croyant entendre sa voix. C’est un petit malheur. Ce qui est un bonheur, mon Toto, c’est que je vous aime de toute mon âme. Si vous m’aimiez seulement la moitié autant que moi je serais tranquille et heureuse. Jour, mon petit o. Jour mon gros To. Donnez-moi votre petite bouche.
Juliette
« 12 juillet 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 47-48], transcr. Sandra Glatigny, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2788, page consultée le 25 janvier 2026.
12 juillet [1838], jeudi soir, 5 h. ¾
Mon petit homme, mon petit homme, je vous aime. Vous devriez m’écrire une bonne petite lettre pour la peine que je vous ai donné mon joli petit encrier. Mais vous ne le ferez pas, il n’y a pas de danger, vous êtes bien trop AVARE pour cela. Ouf, j’étouffe dans mes pantouflesa. J’ai cependant ôté ma chemise de flanelle et mis une chemise à jour mais je n’en ai que plus chaud. Oh ! là là ! papa, papa, vous avez tourné le mauvais coin tantôt. Est-ce que vous voulez faire connaissance avec la pointe de mon couteau ? Je n’aime pas quand vous traînez vos guêtres derrière ma maison. J’ai trop l’air d’une bête à CORNE et j’ai la prétention de n’être qu’un petit toucan bien gentil[Dessinb]. Regardez et frémissez dans votre peau de poète. Je vous attends de pied ferme en aiguisant mon bec le plus que je peux. Tâchez de nous faire sortir ce soir comme plusieurs loups. Pensez que j’ai Claire et que je suis toujours enfermée. Aimez-moi. Je vous adore.
Juliette
a « pantouffles ».
b Dessin d’un toucan :

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
