« 18 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 183-184], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11453, page consultée le 06 août 2026.
18 décembre [1837], lundi après midi ¼
Bonjour mon petit bien-aimé. Je prends la CHOSE SÉRIEUSEMENT puisque vous le voulez.
Aussi suis-je triste ce matin et sérieusement affectée de l’éloignement invincible
que
vous avez pour ma pauvre vieille carcasse. J’ai passé ma nuit à ne pas dormir, mais
comme vous m’avez assurée qu’au bout de huit jours d’essai et de patience je
parviendrai à dormir comme un loir, je m’en rapporte à vous et si cela ne réussit
pas
ça ne me regardera plus.
J’ai reçu ce matin une lettre de Saumur1. Comme il
n’y a pas d’interdiction sur celle-là, du moins je le crois,
je l’ai ouverte. J’aurais pu la refermer sans qu’il y paraisse, mais je suis loyale
avec vous dans toutes mes actions, vous pouvez le croire car c’est bien vrai. Du reste
la lettre ou les lettres sont insignifiantes et ne contiennent que des lieux communs
de compliments et des nouvelles de santé.
J’ai entendu le canon tout à l’heure.
J’ai cru qu’il y avait une seconde édition des journées de Juillet mais en soufflant
dans mes doigts pour les réchauffer j’ai compris qu’il ne s’agissait que de la chambre
des députés2 ce qui est beaucoup plus en
harmonie avec la température du moment.
Mon Victor je t’aime. J’ai plein mon cœur
d’amour qui déborde et dont je ne sais que faire. Je l’emploie cependant à toutes
sortes de choses pour l’user plus vite sans en venir à bout. Je t’admire, je te
vénère, je t’adore et mon cœur est toujours plein. D’autre part je me fais honte,
je
me trouve petite et stupide et méchante. C’est un moyen de me percer le cœur pour
laisser couler l’amour. Eh bien le trou ne sert qu’à en faire entrer davantage. Que
faire ? se résigner. C’est ce que je fais et je t’adore.
Juliette
1 C’est à Saumur que Claire était en pension chez Mlle Watteville entre 1834 et 1836.
2 C’est ce jour en effet que s’ouvre la session parlementaire de la quatrième législature.
« 18 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 185], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11453, page consultée le 06 août 2026.
18 décembre [1837], lundi soir, 8 h. ½
Mon cher bien-aimé, je ne t’en veux pas. Je t’aime. Je suis triste et souffrante parce que je t’aime. Je n’ai pas le courage de te dire autre chose que ces deux mots : je t’aime. Si je t’écrivais davantage je t’affligerais inutilement. Je sais que ce n’est pas ta faute si tu ne viens pas plus souvent et je sais aussi que ce n’est pas ma faute si je souffre de ton absence. Bonsoir donc mon adoré. Je t’aime de toute mon âme.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
