« 18 octobre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 228], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7254, page consultée le 08 août 2026.
Guernesey, 18 octobre [18]63, dimanche matin, 7 h. ¾
Bonjour, mon petit homme, bonjour, et que je vous voie encore avoir mal aux dents je vous ficherai des bons coups pour vous APPRENDRE ! Tâchez d’avoir passé une bonne nuit si vous ne voulez pas que je me fâche tout rouge. Cher adoré, je ris ave toi dans l’espoir que tu vas bien et que tu as bien dormi toute la nuit mais toutes ces jocosités se changeraient très vite en tristesse s’il m’était démontré que tu souffres toujours et que tu as passé une mauvaise nuit. J’espère que je n’aurai pas ce chagrin et que tu me souriras tantôt à belles et BONNES DENTS1. En attendant je vais copier la lettre de Pagnerre2 pour que tu l’aies ce matin quand tu viendras baigner tes yeux. Mais quel acharnement à jet continu contre ta cuisinière, vraiment cette pauvre bigote commence à m’inspirer de la compassion et je serais tentée de communier avec elle, sans confession, si cela pouvait détourner la coalition haineuse qui la poursuit sans relâche et à propos de tout. Et quelle noire et féroce injustice ce serait que tous ces bavardages si, comme tu le crois, c’est une honnête fille ! Je suis vraiment effrayée de penser que, moi aussi, je puisse être un but aux morsures et aux griffes de ces êtres rancuniers et malfaisants à plaisir. Leur ombre seule me fait peur et je voudrais pouvoir m’en éloigner le plus tôt possible. Je te demande pardon pour cette panique involontaire doublée et redoublée de mon amour pour toi, mais tout ce qui peut menacer notre tranquillité et notre bonheur intérieur m’effraye jusqu’à la folie. J’avoue ma lâcheté et ma poltronnerie, trop heureuse si ces BONNES personnes me tiennent quitte pour la peur. En attendant je t’aime avec toutes les autres bravoures.
J.
1 Depuis quelques jours, Hugo a une rage de dents.
2 Le 10 octobre, Pagnerre, éditeur de la traduction de Shakespeare par François-Victor, a adressé des propositions à Victor Hugo pour lui acheter son livre sur Shakespeare.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.
- 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
- 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
- 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
- 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.
