« 8 septembre 1879 » [source : BnF, Mss, NAF 16400, f. 215-216], transcr. Apolline Ponthieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7803, page consultée le 06 août 2026.
Veules1, 8 septembre [18]79, lundi matin, 10 h.
Cher bien-aimé, Dieu sait que je ne demande pas mieux que d’agrandir et d’élargir
toutes les formes de mon admiration et de mon adoration pour toi. Je ne suis retenue
que par la
crainte de t’obséder de mon amour et t’en donner la satiété à force de te répéter
toujours la même chose. Si je cédais au besoin de mon cœur ma restitus durerait vingt-quatre heures pour recommencer le lendemain et d’un bout à l’autre
de ta vie et de la mienne sans solution de continuité, ce qui finirait par te gêner
à la longue.
C’est pour cela que je me rationne pour ne pas te fatiguer. Mais quand tu as la bonté
de remarquer ma discrétion et quand tu sembles désirer qu’elle se détende un peu je
n’y résiste pas
et je suis trop heureuse de donner essor à mes pattes de mouches qui te portent toutes
mes tendresses, tous mes sourires, et toutes mes bénédictions. J’espère que tu as
passé une très
bonne nuit. Mariette n’est pas encore venue m’en donner des nouvelles mais je le désire tant qu’il me
semble impossible que cela ne soit pas. Le
temps est merveilleusement beau ce matin mais je doute que ta baigneuse soit à son
poste à cause de la marée qui est tout à fait basse. Au reste tu ne perdras rien,
probablement, pour
attendre, ce qui fait que je te plains à peine.
Je ne sais pas si les lettres sonta arrivées mais jusqu’à présent je n’en ai reçu
aucune. Tu feras bien d’écrire un petit mot affectueux au bon Lesclide que je joindrai au mien. Tu devras me dire, aussi, si tu as quelque
commission à lui faire faire soit au-dehors soit pour la maison. Il est si près de
nous et il va tous les jours à Paris, ce qui lui permet de nous rendre service sans
se déranger
beaucoup.
Mme Lefèvre, qui avait annoncé qu’elle m’écrirait pour me demander le jour et l’heure précis
de ton
arrivée, ne l’a pas encore fait jusqu’à présent. Peut-être se trouve-t-elle parfaitement
et suffisamment renseignée par notre cher Paul Meurice
et j’en suis bien aise, cela nous dispensera de répondre en temps et heure à sa lettre. Le bonheur qui nous attend
chez elle ne m’empêche pas de regretter celui
que nous allons quitter ici car il est impossible de dépasser l’hospitalité si affectueuse
et si aimable de nos chers hôtes sans compter qu’il me semble que je t’aime encore
mieux ici,
si c’est possible, que partout ailleurs.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Victor Hugo et Juliette Drouet sont en séjour à Veules-les-Roses, chez Paul Meurice, depuis le jeudi 28 août. Ils iront ensuite passer quelques jours à Villequier, chez Auguste Vacquerie.
a « son ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils montent dans un ballon captif et font un voyage à Veules et à Villequier.
- FévrierLa Pitié suprême.
- 28 févrierDiscours pour l’amnistie.
- 21 marsMort de Léonie Biard.
- 5 juilletIls montent dans un ballon captif au-dessus de la cour des Tuileries.
- 28 août-11 septembreSéjour à Veules (chez Paul Meurice) et à Villequier (chez Auguste Vacquerie)
- 2 décembreBlanche Lanvin épouse Émile Rochereuil.
