« 29 octobre 1878 » [source : Syracuse], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4704, page consultée le 06 août 2026.
Guernesey, 29 oct[obre 18]78, mardi matin, 7 h.
Bonjour, mon grand bien-aimé. Comment as-tu passé la nuit ? Bien, n’est-ce pas ? Moi de même, très bien, et je n’ai presque pas perdu de sang1. D’ailleurs, ne suis-je pas bien armée, en guerre contre tous les maux, si tu m’aimes, puisque ton amour c’est ma vie même ? Donc, cher adoré, pas de souci ni pour toi ni pour moi de ce côté-là et acceptons gaiementa les bobos, d’où qu’ils nous viennent. Quant à moi, je suis résolue à ne pas me laisser déguerpir de ton cœur : « J’y suis, j’y reste », c’est ma seule manière de vivre longtemps et heureuse ; qu’en dis-tu ? C’est de cette THE QUESTION que tout dépend. Moi, je ne peux qu’écouter la réponse et laisser faire à Dieu tranquillement et passivement. C’est le plus sage, en somme. Je vais continuer de faire mes rangements de maison et de malles pour être prête à partir dès que tu le voudras. Je pense que nous aurons des nouvelles de Meurice aujourd’hui, nous disant où en est le déménagement de la rue de Clichy2. Le mieux serait de pouvoir attendre ici3 qu’il fût achevé, mais le Sénat4 le permettra-t-il ? Autre the question. Quelleb que soit la réponse, il faut nous tenir prêts à partir. C’est ce que je fais de mon côté. Fais-en autant du tien et aime-moi comme je t’aime.
Monsieur
Victor Hugo
Hauteville House
1 « Quant à moi, quoique souffrante en ce moment d’une perte de sang, je le [Victor Hugo] suivrai coûte que coûte […]. » (Lettre de Juliette Drouet à son neveu Louis Koch, 30 octobre 1878, Lettres familiales – Juliette Drouet, p. 420.)
2 « Pour le moment, je tâche de faire trêve à mes poignants soucis pour ne m’occuper que du retour du cher et bien-aimé Maître dans son nouveau logis, avenue d’Eylau, en m’appliquant à lui épargner le plus possible les fatigues du voyage et les ennuis du déménagement. » (Lettre de Juliette Drouet à son neveu Louis Koch, 28 octobre 1878, Juliette Drouet – Lettres familiales, p. 418.)
3 Juliette Drouet et Victor Hugo vont quitter Guernesey le 9 novembre, et, le lendemain, ils seront de retour à Paris.
4 « Il importe que je sois au Sénat le vendredi 15. » (Lettre de Victor Hugo à Paul Meurice, 5 novembre 1878, OC, tome XV-XVI/2, p. 545.)
a « gaiment ».
b « quel ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
