« 21 mai 1878 » [source : BnF, Mss, NAF, 16399, f. 133], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4504, page consultée le 06 août 2026.
Paris, 21 mai [18]78, mardi matin, 10 h. ½
Cher bien-aimé, j’ai le courage de ma platitude (lisez amour) en allant au devant
de ma chère petite lettre1 qui, elle, ne semble pas pressée de venir à moi. Il est vrai qu’elle doit être plus
empêtrée qu’un coche mal attelé dans les
régions sidérales et olympiennes qu’habite ton génie. Aussi je ne m’étonne pas ni
ne me plains du retard, je le constate avec un redoublement d’amour.
Je t’ai envoyé la liste de tes
invités ce soir. Tu as pu voir qu’il n’y avait pas moyen d’avoir Robelin. Je t’ai fait savoir aussi combien il était facile de remettre ma fête
que tout le monde ignore, excepté moi, qui en fais le prétexte pour t’arracher une
petite lettre que tu ne songerais pas à me donner sans cela. Donc, mon cher adoré,
à demain la
réjouissance publique, avec nos bien aimés amis, les excellents et charmants Paul Meurice, père et filles. Et à tout à l’heure, je l’espère, mon
ravissement intime tête à tête avec ton adorable petite lettre. Je ne m’étais pas
trompée, mon divin bien-aimé, car au moment où je tournais ce feuillet ta bonne lettre
adorable était
entre mes mains, dans mes yeux, sur mes lèvres, dans mon cœur et dans mon âme à la
fois. Je l’étreignais, je la lisais, je la baisais, j’en remplissais mon cœur et j’en
faisais l’extase
de mon âme ravie2. Sois béni, mon ineffable adoré par Dieu et par nos anges au ciel et par tes chers
petits anges Georges et Jeanne, comme tu l’es par moi depuis le premier jour où je t’ai vu, admiré, aimé et adoré.
1 Hugo et Juliette fêtent la Sainte Julie le 21 mai ; à cette occasion il lui écrit une lettre rituelle.
2 Ce jour, Victor Hugo écrit deux lettres à Juliette. L’une, dans une enveloppe du Sénat, est adressée à « Mi Señora » ; l’autre, écrite dans la nuit, est adressée à « ma dame ». (Jean Gaudon, édition citée, p. 313-314.)
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
