22 novembre 1865

« 22 novembre 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 183], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9730, page consultée le 07 août 2026.

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À mon tour d’être patron-minette ce matin et au vôtre d’être le paresseux. Voime, voime, très exact. Bum ! Voici le coup de tam-tam du soleil1. Mais tout cela ne me dit pas comment tu as passé la nuit ni comment vont les chères Binettes2 et c’est ce que je voudrais savoir pour régler la joie ou la tristesse de ma matinée. Dans l’ignorance, je tâche de croire que tu as bien dormi et que tu te portes à merveille. Nous verrons si j’ai eu raison.
Quelle belle lettre ton Charles t’a écrite et quel dommage qu’on ne puisse pas la publier3 ! Ce serait certainement le meilleur, le [plus] délicat, le plus profond et le plus lumineux de tout ce qui se dira, s’écrira et s’imprimera sur ton merveilleux livre à présent et toujours4. Je complète mon exclamation sur le PÈRE par celle des fils : QUELS BEAUX FILS, QUELS BONS FILS, QUELS ADORABLES FILS VOUS AVEZ. Quelle charmante idée tu as eu hier, mon doux adoré, à propos d’autographes. Ce sera certainement une chose très curieuse que cette manière originale de collectionner l’écriture des personnes remarquables de ce temps-ci par la suscription de ton nom. Je te remercie de me dédier cette pièce intéressante. Voilà un temps qui n’abrègera pas mon impatience de voir arriver mes bibelots5. Il a fait une forte tempête cette nuit et la mer est encore très agitée ce matin. Il n’y a plus à compter sur Duverdier, en supposant qu’on y aita jamais compté6. La promenade d’hier m’a miseb en goût et si le temps le permet, je te prierai de me faire sortir tantôt. En attendant je vais prendre mon bain et faire toutes mes petites affaires pour être prête. Je t’aime, mon cher petit homme. Je vous adore, le maître.


Notes

1 Tous les matins, au lever du soleil, un coup de canon est tiré depuis Castle Cornet. On retrouvera cette même salutation au soleil dans le roman de Victor Hugo : Les Travailleurs de la mer : « On ne la [Déruchette] voyait plus le matin, au coup de canon du point du jour, faire une révérence et dire au soleil levant : « bum !... jour. Donnez-vous la peine d’entrer. » » III, I, 1.

2 « Les yeux » : Victor Hugo souffre d’une ophtalmie.

3 À élucider.

4 Les Chansons des rues et des bois : nouveau recueil de poèmes de Victor Hugo récemment publié le 25 octobre 1865 en Belgique à Bruxelles chez Lacroix et Verboeckhoven.

5 Juliette attend la livraison d’objets chinés au cours du voyage qu’elle a effectué avec Victor Hugo du 28 juin au 24 octobre.

6 Il était attendu par Victor Hugo pour dîner le soir même.

Notes manuscriptologiques

a « est ».

b  « mis ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.