« 24 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 307-308], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7543, page consultée le 06 août 2026.
24 octobre [1837], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour toi, bonjour le pauvre bien adoré. Comment vont tes chers beaux yeux ? J’y
ai
pensé chaque fois que je me réveillais, j’en avais le cœur navré. Pauvre ange, quel
courage et quelle résignation ! C’est bien vrai qu’il faut t’aimer à genoux car tu
es
un pauvre ange du ciel.
Je me suis réveillée bien souvent, espérant que tu
viendrais te reposer dans mes bras, mais tu n’es pas venu et je suis triste. Cependant
j’ai relu tes admirables beaux vers1. Mais rien ne peut
suppléer à toi, pas même tes chefs-d’œuvre. Je te l’ai déjà dit une fois et je me
suis
attiré de vifs reproches, mais dussé-jea me les attirer encore, je te répéterai que rien ne remplace
la lumière de tes yeux, le son de ta voix, le souffle de ton âme.
Je ne dis pas
pour cela que je n’ai pas un grand bonheur à lire et à baiser chaque mot écrit de
ta
chère main, mais rien n’est comparable à la sensation d’un seul de tes cheveux sur
mes
lèvres.
Il paraît que Mme Krafft a été aux anges d’avoir sesb livres et que mon puff2 n’a rien ajouté au plaisir qu’elle a eu en les recevant. Que
sera-ce donc quand elle les lira ?
Toto tu es bon, Toto tu es beau, Toto je
t’adore, Toto je t’admire, Toto je t’aime du plus profond de mon âme. Jour mon petit homme chéri. Jour on jour. Je t’aime, je t’aime. Il fait bien froid et
bien laid ce matin. Pourvu que tu penses à mettre des bottes. Tu es si préoccupéc et surtout si dédaigneux pour tous
les soins qui regardent ta chère personne adorée, que je crains bien que tu n’oublies
encore celui de préserver tes chers petits pieds de l’humidité. Oh pourquoi ne suis-je
pas chargée de ce soin, moi ?
1 Il s’agit de « Tristesse d’Olympio » que Hugo a achevé de composer le 21 octobre.
2 Louange, vanterie, publicité faite de manière exagérée, voire mensongère.
a « dussai-je ».
b « ces ».
c « préocupé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
