15 novembre 1855

« 15 novembre 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 350-351], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7193, page consultée le 07 août 2026.

XML

Il fait jour dans mon cœur et soleil dans mon âme, mon cher adoré bien-aimé ; toutes les brumes et tous les nuages qui les assombrissaient sont dissipés aujourd’hui. J’ai confiance en toi, je t’aime, je te souris, je suis heureuse, je t’adore. Les petits Préveraud voulaient m’emmener avec eux tout à l’heure mais je n’ai pas voulu risquer de te manquer dans le cas où tu viendrais pendant leur promenade. Pourtant je ne serais pas surprise que tu ne sois de ton côté pris pour faire une petite excursion dans la campagne surtout Mme Bouclier étant à l’avant-veille de son départ. Quoi qu’il arrive, mon cher adoré, je t’attendrai avec toute la patience dont je suis capable et avec tout l’amour que tu peux supporter. Pense à moi, je t’aime. J’aurai voulu ne plus te reparler de la lettre de Dulac mais j’ai beau tourner et retourner ma plume entre mes doigts, je ne peux rien en faire sortir. Cependant, je sens que le temps presse et qu’il est urgent de répondre sans plus de retard à la lettre si polie et si cordiale qu’il m’a envoyée il y a huit jours. Si tu viens d’assez bonne heure tantôt et que tu ne sois pas trop fatigué, je me risquerai peut-être à te demander un peu d’aide. En attendant, je me hasarde timidement à t’en parler à distance, comprenant tout ce qu’il y a d’indiscrétion stupide dans ma demande. Pardonne-moi, mon cher petit homme, car ça n’est pas tout à fait de ma faute si je suis sotte et ignorante. Le cœur peut se passer de syntaxe et je te le prouve tous les jours en te servant mon amour sous les formes variées de pataquès et de cuirs non gaufrés, mais les vraies LETTRES exigent plus de grammaire que de sentiment. Voilà pourquoi je suis si à court de style et si embarrassée pour en écrire la queue d’une. Cher adoré, aie pitié de moi, pardonne-moi et viens à mon secours je t’en supplie.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a La date a été corrigée d’une autre main : Juliette avait écrit « 14 ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.