« 29 décembre 1854 » [source : BnF, Mss, NAF 16375, f. 442-443], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1730, page consultée le 07 août 2026.
Jersey, 29 décembre 1854, vendredi après midi, 2 h.
Fouyou ronfle, Suzanne souffle dans sa trompe, la marée monte et
moi je vous attends imperturbablement. Il est probable que je vous attendrai
longtemps, mon cher petit Toto, pour peu que vous ayez mis le nez dans la malle aux
gribouillis ? Je le crains d’autant plus qu’ayant votre incendié Aubin1 à dîner je vous verrai à peine encore aujourd’hui. Je ne
grogne pas mais je signale un état de chose et de cœur embêtant, pour vous démontrer
l’urgence d’un rabiboDiaz2
monstre pour mes étrennes. Quant à celui des petitsPréverauda il viendra quand il pourra :
primi mi [illis.] et la bouteille à l’encre pour tous, telle est ma devise. Cela me fait
penser que je me suis coupée deux ou trois fois hier avec l’imbroglio de la brodeuse
de convention. Du reste le premier essai du V portant son hache à bras tendu a assez
bien réussi. Quant à Falstaff je doute qu’on en puisse tirer parti dans l’état
pochardé où il se trouve mais ce à quoi je tiens avant tout c’est à vous faire faire
vos propres mouchoirs chinois dans la perfection3 Les miens seront ce qu’ils pourront, pourvu
que les vôtres soient réussis je serai contente.
Si vous aviez pour deux liards
de nez vous sentiriez le magnifique lièvre qui vous tend les pattes d’ici et vous
vous
empresseriez de le confier à la sollicitude éclairée et épicée de votre cuisinière.
Mais vous ne devinez rien de rien, pas même l’impatience faisandée que j’ai de vous
voir. Telle est votre force ; elle est faible j’ose le dire et même l’écrire, au
risque de blesser votre susceptibilité d’homme, d’amoureux, de goinfre, d’artiste
et
de poète avec laquelle j’ai l’honneur d’être votre toute Juju des pieds à la tête.
1 Dans sa lettre du 10 novembre Juliette parle du « désastre arrivé au frère des Asplet », c’est-à-dire l’incendie de sa ferme. C’est probablement de cet homme qu’il s’agit.
2 Déformation de « rabibochage ».
3 Ce « premier essai » correspond à un dessin conservé dans un album de Juliette Drouet (Maison de Victor Hugo, acquis en 1988, inv. no 1504), au folio 16 (https://www.parismuseescollections.paris.fr/maison-de-victor-hugo/oeuvres/etude-d-initiales-jd-et-vh), où l’on reconnaît le « V portant son hache à bras tendu » et le « Falstaff » ventripotent des initales « JD ». Hugo a pris soin d’indiquer le coin des mouchoirs [Remerciements à Gérard Audinet].
a « Préverault ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage deux fois, à Plaisance-Terrace, puis au Hâvre-des-Pas.
- JanvierHugo milite pour empêcher l’exécution à Guernesey de l’assassin Tapner, en vain.
- 14 janvierHugo fait répéter Mlle Grave, qui interprètera le rôle de la Reine dans le Ruy Blas qui va être donné à Jersey. Juliette est jalouse.
- 16 janvierReprésentation de Ruy Blas à Jersey.
- 10 févrierExécution de Tapner.
- 11 févrierHugo écrit une lettre à Lord Palmerston pour protester contre l’exécution de Tapner.
- 28 aoûtHugo fait une excursion à Serk.
- Entre le 2 et le 8 octobreJuliette s’installe à Plaisance-Terrace.
- Entre le 12 et le 14 décembreJuliette déménage à la Maison du Heaume, au Hâvre-des-Pas.
