« 1 décembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 275-276], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1560, page consultée le 10 août 2026.
1er décembre [1846], mardi soir, 11 h. ½
Qu’est-ce que vous voulez que je fasse de cette petite lichette de papier chiffonné,
vieux Toto, quand déjà je tire la langue depuis ce matin après une grande feuille
de
papier blanc ? Je croyais que vous seriez assez aimable pour m’en laisser au moins
deux morceaux. Heureusement que demain je pourrai mordre à même une rame toute
entière. D’ici là, il faut me contenter de ce que j’ai, c’est-à-dire de peu de
chose.
Je suis furieuse, je suis enragée, c’est-à-dire que si je tenais
l’inventeur de cette effroyable cochonnerie de lampe je l’étranglerais de mes propres
mains. J’y suis allée tout à l’heure comme tu sais. On a essayé cette lampe qui a
brûlé environ un quart d’heure sans faire la moindre frasque. Je rentre chez moi,
je
l’allume et la voilà qui file plus que jamais, si bien que ma maison est toute noire
de fumée et que je ne sais plus que faire de ma gorge. Du reste on a affairea à deux espèces de Lanvin alsacien et auvergnat dont on ne peut rien
tirer que ceci : ça ne nous regarde pas, ce n’est pas notre
faute, nous ne savons pas. Une manière de commis qui y était il y a deux mois a
disparu. Il ne reste plus que ces deux espèces de charabia1 qui ont trois boutons à eux deux et le quart
d’un paletot en guenille. Maintenant que faire ? À qui s’adresser, tu serais bien
aimable de me le dire. Quant à moi je suis à bout de patience et de larmes. Avec tout
ça je t’aime de toutes mes forces et je te baise de même.
Juliette
1 Terme populaire : le patois des Auvergnats et par extension, tout autre parler qu’on ne comprend pas. Peut désigner aussi, comme Juliette Drouet le fait ici par métonymie, l’homme d’Auvergne lui-même.
a « on a à faire ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
