13 juillet 1846

« 13 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 225-226 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2303, page consultée le 07 août 2026.

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Bonjour cher adoré, bonjour mon âme. À toi mes pensées, mes baisers et tout ce que j’ai de plus tendre et de plus doux, à toi encore et toujours. Je t’écris tard, tu sais pourquoi. Aujourd’hui on est venu avant midi et tout était prêt. C’est bien le moins que je puisse faire pour ce pauvre jeune homme qui se donne tant de peine pour arriver à faire ce buste de son mieux1. Voici qu’on me remet à l’instant même une lettre de Mme Luthereau, venue par Paris. Je t’attends pour l’ouvrir, mon bien-aimé, mon Victor, mon adoré. Je t’aime, tu es ma vie.
Ce matin, je croyais que le courage allait me manquer, mais j’ai prié le bon Dieu, et puis j’ai pensé à toi et mon courage est revenu. À l’heure qu’il est, je me sens presque forte. Il est vrai que j’espère te voir arrivera de minute en minute. Eugénie et M. Vilain paraissent tristes et consternés, ce que j’attribue aux lenteurs du ministère. Jusqu’à présent il n’a reçu aucune nouvelle directe de Cavé. Je devine qu’ils en sont arrivés tous les deux aux derniers expédients. Mais que faire pour presser ce hideux bonhomme ? Quant à moi je leur ai conseillé, à lui M. Vilain, de revoir Vitet ou tout au moins d’y laisser son nom. Rien n’est plus triste que de sentir des gens qui souffrent autour de soi. Pour ma part, cela me fait mal, même quand ce sont des inconnus, à plus forte raison quand ce sont des personnes auxquelles je m’intéresse. Toutes ces lenteurs, tous ces mauvais vouloirs font ressortir davantage la bonté, l’empressement, la grâce et le dévouement avec lequel tu obliges. Cher bien-aimé, tout le monde pourrait te dire ces choses-là mieux que moi, mais personne ne pourrait les sentir aussi bien. Chaque jour me donne des motifs de t’admirer davantage. Je ne sais pas où cela s’arrêtera, mais en attendant, tu es mon Victor ravissant que je baise, que j’aime et que j’adore.

Juliette


Notes

1 Juliette pose pour le sculpteur Victor Vilain.

Notes manuscriptologiques

a « arrivé ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.