« 30 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 115-116], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11934, page consultée le 07 août 2026.
30 avril [1845], mercredi matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour, mon adoré petit Toto,
bonjour, mon âme, bonjour, ma joie, bonjour, je t’aime. Je me souviens
de toutes les douces paroles que tu m’as dites hier et je suis heureuse
et je baise tes adorables petites mains. Je te souris, je t’aime, je
t’adore.
Il fait un temps charmant aujourd’hui. C’est un regret de
plus de ne pouvoir pas en profiter avec toi. Quand tu seras un peu sorti
de cette presse excessive, je te demanderai à mains jointes de me donner
une journée toute entière d’air, de soleil, de bonheur et d’amour. Tu ne
sais pas, mon Victor, combien tout mon être a besoin d’une bonne journée
comme celle que je te demande. J’ai fait preuve d’un grand courage et
d’une grande résignation tous ces temps-ci, mon adoré. C’est une justice
que je me rends sans fausse modestie, car je sais ce que cela m’a coûté
et combien j’ai souffert. Je te suppliea de m’en récompenser par une journée de
joie et d’extase. Je ne te tourmenterai pas. J’attendrai que tu sois
hors des plus grosses et des plus pressées de tes affaires. Pourvu que
tu me le promettes bien sérieusement, j’attendrai avec courage et
patience. En attendant, il faut tâcher de ne pas me laisser des journées
tout entièresb
sans te voir. C’est trop triste et trop difficile à supporter. Si tu
viens aujourd’hui comme je le désire et comme je l’espère, tu m’écriras
sur mon premier volume du Rhin1. J’étais trop lourde et trop endormie cette
nuit pour te le demander, mais je ne t’en ferai pas grâce tantôt, non
plus que des baisers que je te garde.
Juliette
1 La première édition du Rhin (1842) était en deux volumes. La nouvelle édition augmentée, publiée le 3 mai 1845, est en quatre volumes. Soit Juliette Drouet souhaite que Victor Hugo lui écrive sur le premier volume de la première édition, soit elle souhaite qu’il lui écrive sur le premier volume de la deuxième édition.
a « je te suplie ».
b « tout entière ».
« 30 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 117-118], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11934, page consultée le 07 août 2026.
30 avril [1845], mercredi soir, 10 h. ¼
Mon petit bien-aimé, n’oubliez pas que vous m’avez promis de revenir ce
soir. Je compte sur votre promesse, mon amour. Quand il s’agit d’espérer
vous voir, je ne peux pas m’empêcher d’y compter malgré toutes les
déceptions passées.
Tu avais donc quelque part à aller ce soir, mon
Toto, que tu m’as demandé des épingles d’acier pour attacher ton ruban ?
J’y pense maintenant et je tremble que tu ne viennes pas. Mon assurance
de tout à l’heure s’évanouit devant cette crainte. Si tu ne viens pas,
mon Victor, je dormirai mal et je commencerai ma journée demain
tristement et sans le moindre goût à rien. Voilà déjà si longtemps que
je mets mon courage à contribution qu’il ne m’en reste plus du tout.
Pourvu que tu viennes, mon Victor adoré. Je vais regarder la pendule
maintenant de seconde en seconde pour savoir quand je devrai perdre
l’espoir de te voir.
La mère Lanvin est restée avec moi jusqu’à dix heures. Tout le
temps que nous avons passé ensemble a été employé à faire l’éloge de ta
bonté sur tous les tons. Cette pauvre femme est bien reconnaissante de
tout ce que tu as fait pour elle et pour sa famille. Elle le sent
profondément, je t’assure. Pauvre bien-aimé adoré, tu es la providence
des grands et des petits, des bons et des pires, tu es le meilleur des
hommes, je t’adore. Si tu pouvais voir dans mon cœur comment tu y es
admiré, honoré, vénéré et adoré, tu en serais bien fier et bien heureux,
tout grand et tout sublime que tu es.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
