11 décembre 1844

« 11 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 139-140], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6122, page consultée le 07 août 2026.

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Bonjour, mon Toto chéri, bonjour mon cher amour bien-aimé, bonjour, mon doux et charmant Toto, bonjour. Tu as été adorablement doux et bon cette nuit, mon amour. J’aurais voulu trouver des mots inconnus qui n’aient jamais été profanés par l’usage, pour t’exprimer ce que je sentais d’ineffable adoration en t’écoutant et en te regardant. Tu es beau, je t’aime.
Comment vas-tu ce matin, mon Toto adoré ? As-tu un peu dormi au moins ? Pauvre ange dévoué, tu tombais de fatigue et de sommeil cette nuit. Je ne sais pas comment tu peux tenir à cette vie d’activité dévorante de tous les instants. Si j’avais quelque influence sur toi, mon bien-aimé, je te supplierais de te ménager et je te forcerais à prendre ton repos toutes les nuits. Malheureusement je n’en ai pas. Tu ne me permets que de t’aimer, ce dont je m’acquitte au-delà de la permission. Je prie Dieu d’avoir pitié de toi et de moi car je ne sais pas ce que je deviendrais si tu tombais malade. Je ne veux même pas y penser.
As-tu eu des nouvelles de M. Foucher1 ? J’espère que tu ne seras pas forcé d’y passer la nuit. Tu sais d’ailleurs qu’il préfère à tous les autres soins ceux de la garde-malade qui est habituée à le soigner. Je ne te dis pas cela pour t’empêcher de le faire si tu le crois nécessaire et si ce vieillard le désire. Mais je te parle d’après ce que je sais de lui et que tu m’as dit toi-même. Je ne veux pas que tu croiesa que j’ai le cœur mauvais, mon bien-aimé ! QUOIQUE : l’amour rende bien méchant mais je désire que tu ne te prodigues pas sans nécessité aux dépensb de mon bonheur et de ma vie. Voilà. Maintenant baisez-moi et aimez-moi, je vous l’ordonne.
Eulalie est enfin venue. Je ne lui ai pas encore parlé mais je sais qu’elle est là. Je vais lui faire blanchir ta cravatec. Jour Toto jour mon cher petit o je vous écris avec une cocotte sur le doigt. Cette pauvre petite bête avait ses petites pattes glacées et je les lui réchauffe mais ça n’est pas [comme ?]d pour ÉLUCUBRER. Dieu que votre douillette2 est chaude et comme les taches vont bien dessus. J’en vais en faire encore. Voime, voime, baisez-moi et taisez-vous.

Juliette


Notes

1 M. Foucher, beau-père de Victor Hugo, est malade. À sa demande, son gendre le veille parfois la nuit, au grand désespoir de Juliette.

2 Robe de chambre.

Notes manuscriptologiques

a « croie ».

b « au dépend ».

c « cravatte ».

d On croit lire « comme ». Il peut s’agir d’un lapsus pour « commode ».


« 11 décembre 1844 » [source : Bibliothèque Romain Gary, Ms. 887 (9)], transcr. Marion Lemaire, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6122, page consultée le 07 août 2026.

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Mon Toto chéri, bien aimé, adoré, je te défends d’avoir froid et je t’ordonne de tourner le dos à toutes les femmes non quadragénaires que tu rencontreras sur ton chemin et je te supplie de m’aimer et de venir bien vite.

Je ne sais pas où tu allais tantôt si beau et si pressé mais à coup sûr ce n’était pas chez ton malade1. Je voudrais bien savoir ou vous alliez ? Je ne sais pas quand mon tour viendra d’être visitée et choyée par vous mais je commencer à trouver bien long mon rôle d’abandonnée. Je sais bien ce que vous allez dire mais je connais un certain jeu de caserne qui ressemble beaucoup à la machine que vous me mettez sur le nez !

[Dessin]a

Si vous croyez que cela pourra toujours durer ainsi vous vous trompez. Je finirai par travailler aussi de mon côté et nous verrons lequel de nous deux en fera le plus.

Je suis sûre que je ne te verrai pas encore avant 1 h. du matin, mon Toto ? Autrefois tu ne m’aurais pas laisséeb dîner sans m’avoir embrasséec, maintenant tu ne viens plus jamais. Ce n’est pas le mauvais temps qui t’empêche de sortir puisque tu es toujours par voie et par chemin. Alors qu’est-ce donc ? Je crains de le deviner. J’aime encore mieux garder mon nez, avec son ornement obligé, que d’avoir la triste certitude de mon malheur. Tais-toi si tu veux que je te croie. Viens et reste sinon je ne te croirai pas. En attendant, je ne suis pas gaie et j’ai de vilains pressentiments. Au reste cela me tuera ainsi cela devrait m’être bien égal. Oui s’il n’y avait pas les atroces souffrances qui précèdent sous la forme du doute, de l’espoir et toutes les mille variétés d’un amour qui s’accroche à tout ce qu’il peut pour ne pas s’avouer l’horrible vérité et cela me serait parfaitement égal.

Juliette


Notes

1 Hugo s’occupe de son beau-père malade.

Notes manuscriptologiques

a Dessin : Victor dit à Juliette « Juju je travaille ».

Bibliothèque Romain Gary, Ms. 887 (9)

b « laissé ».

c « embrassé ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.

  • Début octobrePetit voyage avec Hugo.