16 juillet 1844

« 16 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 267-268], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11738, page consultée le 08 août 2026.

XML

Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour, mon cher petit homme chéri. Comment vas-tu ce matin ? Penses-tu à moi, mon amour ? M’aimes-tu ? Si tu fais tout cela, tu ne fais que de me rendre ce que je te donne à tous les instants de ma vie : mes pensées et mon amour. Quand te verrai-je, mon Toto ? Je voudrais que ce fût tout de suite ; cela dépend de toi car je sais que le mauvais temps ne t’empêche pas de sortir, donc, si tu voulais venir chez moi au lieu de me tourner les talons, tu le pourrais très bien.
J’ai toujours très mal à la gorge et à l’œil droit, cela ne m’inquiète pas autrement, mais cela me gêne beaucoup. Sans plaisanterie, je te demanderai un peu de ta pommadea1 pour essayer si elle me fera du bien. Je vais avoir à TRAVAILLER2 et je ne voudrais pas être arrêtée dans mon élan par un misérable bobo de rien du tout. Baise-moi, toi, et aime-moi si tu tiens à la vie et AUTRE. Je ne sais pas si c’est jovialité et bonheur chez Cocotte mais elle pousse d’affreux cris depuis qu’elle est revenue. Eulalie prétend que c’est de joie mais moi, je prétends que c’est de tristesse ; laquelle de nous a raison ? Dans tous les cas, je l’aimerais mieux au désespoir si cela pouvait lui imposer silence. Il n’y a rien de plus terrible à entendre que ces cris aigus sans cesse répétés. Cependant, je l’aime bien quand même avec cet affreux inconvénient. À propos de bête, pendant que j’y pense, il faut que je te prévienne que les chats ANGORAS ne prennent pas les souris. Pour ce genre de chasse, il faut un vrai chat de GOUTTIÈRE. Suzanne a appris cela des gens à qui elle avait demandé un chat pour toi. Je te donne cet avis pour que tu te tiennes sur tes gardes dans le cas où on voudrait t’en donner un de l’espèce angora. Sur ce, baisez-moi, mon Toto, aimez-moi. Je vous le rendrai bien.

Juliette


Notes

1 Juliette a conseillé à Hugo une pommade pour les yeux.

2 C’est-à-dire à copier des manuscrits de Hugo.

Notes manuscriptologiques

a « pomade ».


« 16 juillet 1844 » [source : Collection particulière, MLM, 64311], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11738, page consultée le 08 août 2026.

XML

Que fais-tu mon Toto chéri ? Est-ce que tu n’es pas sorti aujourd’hui ? Si c’est par prudence et par égard pour ta gorge et pour tes yeux adorés, je t’approuve et je ne me plains plus de ne pas t’avoir vu encore. Mais si au contraire tu es sorti malgré le mauvais temps et que tu ne sois pas venu me voir, je serai très fâchée contre toi. En attendant, je suspends mon mécontentement mais je ne peux pas suspendre le désir et le besoin que j’ai de te voir avec la même facilité. J’ai l’âme noire et triste comme le temps. Il est vrai que le soleil ne me la rendrait pas plus gaie, mon soleil à moi c’est toi. À propos de soleil, j’ai vu Mme Triger. En voilà une que rien n’arrête non plus que toi ; tous les temps lui sont bons ; qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, qu’il tonne, elle va toujours. Au reste si j’étais libre je ferais comme vous, ainsi je n’ai pas le droit de m’extasier sur vos bottes imperméables. Dieu quel temps ! je n’y vois goutte. Je voudrais pourtant faire tout à l’heure mes comptes du mois de juin. Je ne veux rien laisser en arrière pour être touta entière au plaisir de copier ce que tu me donneras. Seulement je trouve que tu tardes beaucoup à me donner de l’OUVRAGE. J’espère que tu n’as pas l’infamie d’en donner à d’autre qu’à moi ? Je ne te le pardonnerais pas et cela très sérieusement. Mais tu n’es pas capable d’un tel procédé, j’en suis bien sûre, mon adoré, aussi j’attends avec confiance et avec impatience. Je baise tes quatre petites pattes blanches.

Juliette


Notes

1 Le calendrier perpétuel propose aussi 1839 et 1850. La tonalité comparée générale de la lettre dans le contexte des jours qui suivent et précèdent, et le mauvais temps déjà évoqué dans la lettre du matin, emportent la décision pour 1844.

Notes manuscriptologiques

a « toute ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.

  • Début octobrePetit voyage avec Hugo.