« 15 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 163-164], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11355, page consultée le 07 août 2026.
15 février [1837], mercredi midi ½
Bonjour mon cher petit homme, bonjour. Je vais mieux, j’ai passé une assez bonne
nuit. Je t’aime, bonjour.
Votre petit pain m’a sauvée la
vie. Aussi dès ce moment elle est à vous : « et par droit de conquête « et par droit
de naissance ».
Mon petit Toto bien aimé, voici que je ressuscite et que j’aiguise
mes dents sur l’énorme dîner qui rôtit chez Passoir. Je vous
conseille de ne pas trop tarder à tenir votre promesse, parce que plus vous attendrez
et plus j’aurai faim et qu’alors vous serez obligé de me mener achever mon dîner au
Rocher1, les Marronniersa n’étant pas
encore assez fleuris pour abriter ma tête de femme : en attendant je vais finir mon
pot de tisaneb à votre
santé.
Mon cher petit Toto chéri, je vous aime. Si la maladie ne me donne pas
d’esprit, elle me fait sentir davantage à quel point je vous aime et combien vous
êtes
ma vie et ma joie.
Je vous promets de n’être plus jamais méchante et je n’exige
pas la même promesse de vous. Au contraire, je veux que vous continuiez à être très
bête, très méchant et très injuste, parce que vous êtes toujours très gentil de
quelque côté que vous vous montriez. Ainsi ne vous gênez pas, je vous en aimerai
peut-être plus si c’est possible.
Je vous attends pour vous baiser et vous
caresser sur toutes les coutures. Par avance je vous baise en idée et en désir jusqu’à
ce qu’il vous plaise de me donner la réalité.
Jour vieux Toto, jour mon petit
homme adoré.
Je vous aime bien vrai.
Juliette
1 Passoir, le Rocher de Cancale et les Marronniers sont des restaurants chics.
a « maroniers ».
b « tisanne ».
« 15 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 165-166], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11355, page consultée le 07 août 2026.
15 février [1837], mercredi soir, 4 h. ¾
Je vous écris tout debout, mon cher adoré, et avec toutes les fenêtres ouvertes. Il
me semble que l’air me fait du bien et si ce n’était mon grand mal de reins et cette
espèce de courbature générale que j’ai, je me sentirais capable des plus grandes choses, devinez les quelles.
J’ai reçu mon
marchand de vin debout. Il a dégusté le vin modèle et m’en a promis de l’absolument
pareil au même prix. Tu en jugeras quand tu le verras. Ah ! On est venu aussi chercher
les 50 F. avec une petite lettre dans laquelle on m’en
demande autant pour le mois de juin, il paraît qu’on prend
goût aux acomptes de 50 F. Il n’y a que moi et vous qui ne
nous accoutumions pas à ce petit système de toujours donner sans jamais rien
recevoir.
Que je vous aime mon petit oto,
que je vous aime mon amour.
Je serais bien sortie aujourd’hui qu’il fait si beau,
mais vous vous êtes éclipsé parce que vous ne voulez pas faire honte au soleil de
la
haut en vous montrant en même temps que lui vous qui êtes
cent mille fois plus beau et plus rayonnant. Mais vous auriez dû cependant venir me
tenir compagnie dans ma chambre, car enfin il n’est pas juste que je sois malade pour
rien, il faut qu’on me récompense d’abord ou bien je ne le serai plus jamais jamais.
Et puis je vous aime de tout mon cœur.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
