« 30 juin 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 357-358], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4177, page consultée le 09 mai 2026.
30 juin [1845], lundi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour, mon
cher petit taquin, bonjour, ma scie, bonjour,
vous que j’aime, bonjour, toi que j’adore, bonjour. J’AI SOIF. Voilà ce
qui vous coupe la musette et vous avez un habit digne du cordon bleu.
Voilà ce qui m’exaspère. Peut-être attendez-vous le retour de quelque
enfant prodigue pour mettre au rancarta ce succulent habit ? Ce serait un
sacrifice renouveléb de celui du veau
gras mais qui n’en serait pas plus maigre dans son plagiat. En
attendant, vous saurez que j’ai SOIF, très SOIF, et que vous avez un
magnifique habit des mieux PORTANT et des MIEUX PORTÉ.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, je ne sais pas combien de temps peut durer votre SCIE, mais je
sais que je peux VIVRE indéfiniment sur votre APPÉTISSANT habit. Aussi
ne vous gênez pas, allez, sciez tant que vous voudrez, je vous réponds
de ronger votre habit jusqu’aux os.
Quel beau temps, mon Victor
adoré, quelle joie inespérée ce serait pour moi si tu venais me chercher
pour sortir. Hélas ! je peux tout espérer, excepté ce bonheur-là. Quand
je pense à cela, je sens que je deviens triste et méchante et pourtant
je ne peux pas m’empêcher d’y penser. Mon Victor bien-aimé, je t’aime,
tu es ma vie. Aussi je souffre loin de toi. Tâche de venir de bonne
heure aujourd’hui pour me donner du courage et de la patience.
Juliette
a « mettre au rancar ».
b « renouvellé ».
« 30 juin 1845 » [source : Collection Claude de Flers (juin 2013)], transcr. Florence Naugrette et Evelyn Blewer, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4177, page consultée le 09 mai 2026.
30 juin [1845], lundi après-midi, 9 h. ½
Toto, fais-toi faire un habit neuf. À force de travailler sur celui que tu sais, il finira par s’user. Je
t’en supplie, fais-toi faire un habit vivement. En même temps tu feras
repasser ta scie1 qui m’a paru un peu ébréchée
tantôt. C’est un conseil bien désintéressé que je te donne là et qui
prouve en faveur de ma générosité et de ma naïveté. À boire, à boire, à
boire, nous quitterons-nous sans boire, partant pour la scierie, le
jeune et beau Toto allait à la pairie. Mais pour calmer la soif qui me
dévore je veux boire, je veux boire à ton habit, verse, verse Toto [illis.][Dessina].
Je ne suis pas contente de mon dessin. Je suis difficile,
il est vrai et moi seule en ai le droit. Une autre fois je serai mieux
inspirée. Aujourd’hui je me trouve au-dessous de moi-même. Cela tient
peut-être à ce que j’ai soif ou que je suis gênée dans les entournures
de TON habit. Baisez-moi, cher scélérat, et aimez-moi SCIE vous l’osez.
Vous saurez ce que c’est que de scier une malheureuse femme. Il en cuira
à votre habit. Trempe ton pain, Juju, trempe ton pain, trempe ton pain
dans la sauce. SCIE pourtant cela vous désoblige, vous n’avez qu’à le
dire. Rien ne pourrait pourtant me déSCIEder à vous désobliger dans
votre toilette audaSCIEeuse, auSCIE vous n’avez qu’à parler SCIE vous
trouvez que vous en avez assez. As-tu soif Juju ? Comme SCIE comme ça.
Veux-tu boire Juju ? Oui SCIE ça ne peut pas tâcher ton habit. Eh ! bien
vos yeux sont-ils déSCIEllés sur le mérite de votre SCIEbille. J’attends
votre réponse pour continuer.
Juliette
1 Dans les lettres de cette période, Juliette Drouet plaisante et fait de nombreux jeux de mots sur le thème de la « scie » (rengaine).
a Dessin, avec ces paroles prononcées par
deux personnages féminins : « Il est par-dessus le mur. — C’est pas
ça, c’est paça que, c’est paça que j’ai voulu. » (c’est à dire son dessin) :

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
