« 14 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 159-160], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11354, page consultée le 01 mai 2026.
14 février [1837], mardi soir, 8 h.
Vous voulez donc que je vous écrive, vieux tyran de mélodrame ? Vous tenez donc
encore à savoir ce qui se passe dans le cœur de votre pauvre VICTIME, vieux BARBE
BLEUE que vous êtes ? Eh ! bien, soyez satisfait. D’abordje vous dirai pour vous punir
que je ne conserve aucune rancune de votre infâme conduite de tantôt, au contraire
je
vous en aime que d’avantage, exprès pour vous apprendre. J’ai beaucoup de peine à
vous
écrire et ce qui en fait le charme à mes yeux, et je désire qu’il en soit ainsi aux
vôtres.
Mon petit Toto chéri, en récompense du chagrin bien injuste que vous
m’avez fait tantôt vous m’écrirez une bonne petite lettre adoréea que j’apprendrai par cœur, que je
couvrirai de baisers et que je dorloterai sur mon cœur indéfiniment.
J’y compte,
et c’est à cette condition seulement que j’essuie mes yeux et que je renforce les
cornes de mon désespoir. Vous entendez, mon petit Toto, ne me leurrez pas d’un vain
espoir, ce serait plus que cruel de votre part.
Je tiens toujours à mon petit dessin.Préparez-vous à me le rendre
car il est bien à moi.
Juliette
a « adoré ».
« 14 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 161-162], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11354, page consultée le 01 mai 2026.
14 février [1837], mardi soir, 8 h. ¼
Jour, mon cher petit homme, je vous demande bien
pardon de tous vos trimes. Vous ne le ferez plus jamais jamais, je vous me le promets. En attendant je
suis bien sage dans mon lit, je mets beaucoup de cataplasmes sur mon ventre et
beaucoup de tisanea dedans, sans en
éprouver aucun soulagement, ce qui est un bon signe. Ensuite je vous aime.
Je
vous écris au risque de me redonner un redoublement de mal de gorge. Mais : ça m’est
égal j’en trouverais de plus gentil-le.
Il est bien convenu qu’aussitôt que je
serais guérie, vous me menez faire une ORGIE échevelée chez le grand PASSOIR et que
de
là nous irons nous épanouir la rate devant le célèbre Arnal. Merci, plus que ça des plaisirs de la vie ! Et en attendant comme
intermède des bouillons plus au moins [illis.], de la tisane à discrétion et des
cataplasmes en masse.
De quoi puis-je me plaindre, sinon d’être trop privilégiée
des amours et de la médecine ? Aussi je ne me plains pas et je m’emplis encore moins
vu le régime diétique.
Je fais mon petit mot en passant et je vous baise les mains et les pieds
toujours.
Juliette
a « tisanne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
