« 26 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 259-260], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4254, page consultée le 24 janvier 2026.
26 mars [1843], dimanche matin, 10 h. ¾
Bonjour mon bien-aimé Toto, bonjour mon cher petit homme. J’espérais que tu viendrais
déjeuner avec moi ce matin. Mais il est vrai que j’avais compté sans tes éditeurs
qui
ont dû faire paraître ta pièce aujourd’hui. Cette apparition va encore t’occuper et
te
fatiguer beaucoup pendant un ou deux jours. Après, cependant, tu te reposeras, il
faut
bien l’espérer.
La représentation d’hier m’a renduea malade de colère. Rien ne fait plus de
mal que de garder son indignation en dedans de soi quand on serait si heureux de la
répandre sur ceux qui la causent en horions abondants et en coups de pieds dans le
ventre. Je crois, pourtant, que si j’étais sûre du courage des acteurs et de leur
probité, je serais moins tourmentée et moins malheureuse de ces ignobles cabales.
Mais
on sent qu’il n’y a chez la plupartb d’eux que couardise et lâcheté. C’est ce qui me rend si malheureuse
pendant les représentations comme celle d’hier. Cependant, pour être juste, il faut
dire que Beauvallet a été très bien dans les
deux dernières parties de son rôle. Il est absurde que le théâtre ne l’ait pas soutenu
à ce moment-là. Du reste, les amis, s’il y en avait dans la salle, ont été des plus
froids et des plus insignifiants. Enfin, somme toute, c’est une hideuse représentation
qui m’a fait beaucoup souffrir tout le temps qu’elle a duré et après encore car d’y
penser à présent me donne des crispations nerveuses par tout le corps.
Je
voudrais être homme tous les deux jours seulement pendant trois heures le soir. Je
te
réponds que les abonnés du National et du Constitutionnel en verraient des drôles. Mais tout cela, ce
sont des vœux impuissants et de la fureur inutile, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus
bête au monde. Je t’aime, cela vaut mieux que mes stériles fureurs.
Juliette
a « rendu ».
b « la plus part ».
« 26 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 261-262], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4254, page consultée le 24 janvier 2026.
26 mars [1843], dimanche soir, 10 h. ½
J’ai vu Mme Franque ce soir, mon Toto et comme Mme Pierceau venait de s’inviter
devant elle à venir à la représentation de mardi, Mme Franque a dit qu’elle comptait
aller dîner chez elle précisément ce jour-là. Force m’a été de lui offrir et mon dîner
et une place dans ma loge, ce qu’elle a accepté avec un empressement des plus vifs.
Je
ne lui ai pas caché l’inconvénient qu’il y aurait, ce qui ne l’a pas fait reculer
d’un
pas au contraire. Du reste, pour les acteurs, il est bon qu’ils aient le plus près
d’eux le plus de gens bienveillants et applaudissants possiblea.
Quant à la menace des couteaux, il me semble que ce n’est qu’une pure forfanterie et
qu’ils n’oseront pas en venir là. Dans tous les cas, cela ne pourrait pas être une
cause de suspensionb pour les
représentations de ta pièce car si ce précédent s’établissait jamais, il serait trop
commode d’empêcher les auteurs d’être joués. Il suffirait, non plus d’un sifflet,
mais
d’un Eustache de deux sous. Il me semble, d’après le plus simple raisonnement, que
cela ne doit pas, que cela ne peut pas être. C’est au préfet de police à prendre ses
mesures dans ce cas-là et à faire rengainer ces misérables bravi de la hotte et du
comptoir jusqu’au plus prochain violon ?
Pauvre ange adoré, quellec violence et quelled rage dans tes immondes ennemis, et
quel calme et quellee sérénité dans
toute ton adorable personne ! C’est un contraste qui peint mieux que les mots les
plus
incisifs et les mieux appropriés, la bassesse de tes ennemis et la grandeur et la
noblesse de ton caractère. Je t’admire et je t’aime.
Juliette
a « possibles ».
b « suspenstion ».
c « qu’elle ».
d « qu’elle ».
e « qu’elle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
