« 7 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 123-124], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4060, page consultée le 01 mai 2026.
7 février [1843], mardi soir, 7 h.
Tu es parti déjà, mon adoré, et tu as emporté avec toi la meilleure partie de
moi-même : mon cœur et ma joie. Dès que tu n’es plus là auprès de moi je suis triste
et désœuvrée comme un corps sans âme. J’ai beau m’occuper, je ne sais pas ce que je
fais. J’attends, j’écoute comme si je croyais que tu vas revenir tout de suite et
que
j’entends ton pas. Plus je vais et plus cette préoccupation de toi s’empare de tout
mon être. Je suis très contente d’avoir pris mon petit dessin. Cela fera un charmant
frontispice pour mon album. Mais quand aurai-je mon album ? Pauvre Toto, ce n’est
toujours pas le moment d’y penser à présent et je suis trop heureuse d’agripper çà
et
là quelques petits dessins ravissants de vous avec le prétexte lointain d’un album.
Si tu savais comme je souffre des coliques, Toto. Le cœur me manque. Je me suis
déjà interrompue trois fois depuis que j’ai commencé cette lettre pour laisser passer
des bouffées de coliques atroces. Cela tient à une cause très
connue mais qui ne m’empêche pas de souffrir beaucoup. Je ne sais pas si je
pourrai finir mes comptes ce soir. Au surplus cela ne te presse pas autrement et
pourvu que je te les donne un jour ou un autre, c’est tout ce que tu me demandes,
n’est-ce pas mon Toto ? Et puis j’aurai encore à écrire ce soir sous ta dictée, ainsi
je me réserve pour cet objet qui est beaucoup plus pressé.
Tu feras joliment
bien de parler un peu vertement à cette stupide et hydrophobe Maxime et tu feras encore mieux de prendre la
précaution que tu dis la prochaine fois que tu donneras une pièce à ce hideux théâtre.
En attendant, il faut faire en sorte que toutes ces clabauderies s’éteignent avant
la
1ère représentation des Burgraves. Je voudrais pour beaucoup qu’elle eûta eu lieu et qu’elle n’ait éprouvéb aucune perfidie, aucune trahison de
tous ces affreux gredins.
Je t’aime mon Toto. Tâche de venir de bonne heure car
je t’ai à peine vu aujourd’hui. Je te désire, je t’attends et je t’aime.
Juliette
a « eut ».
b « éprouvée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
