« 13 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 39-40], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.150, page consultée le 27 janvier 2026.
13 janvier [1843], vendredi midi ¼
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour mon cher amour bien-aimé, bonjour, je t’aime de
toutes mes forces et bien plus encore : de toute mon âme. Il y a longtemps que je
serais levée si la servarde n’avait jugé à propos
de décamper pendant une heure sous prétexte de m’aller chercher un merlan1, à frire, et non à fri…ser, comme tu
aurais pu le supposer. Enfin, la voici qui arrive, et comme tous ces gens-là quand
ils
ont torta, elle est fort grossière et
fort bête pour réparer son escapade. Tout cela, au reste, n’a pas d’autre gravité
que
de me mettre un peu de mauvaise humeur et me faire lever une heure plus tard.
C’est aujourd’hui que tu dois voir MlleFitz-James ? Je désire qu’elle te
satisfasse, mais dans tout état de chose, il aurait mieux valu MmeDorval et je regrette que cette diablesse de femme, par une lenteur mal calculée, ait
rendu son engagement encore plus difficile à faire : cependant, il me paraît
impossible que vous vous en teniez à MlleFitz-James. Ceci ressemble beaucoup trop à
l’histoire de [Chambéri, Landrol, Bardou ?] aboutissant à
[Saint-Firmin ?]. Je crois que jusqu’à présent c’est de la peine et
du temps de perdu pour toi et pour l’administration. Pauvre ange, tu sais ce que tu
fais et tout ce que je te dis c’est parce que j’ai la tête toute préoccupéeb et toute inquiète du sort de la
pauvre Guanhumara et que j’ai le plus grand désir et le plus grand besoin que tu sois
délivré de ce côté-là pour me donner quelques moments de bonheur et d’amour.
Juliette
1 Merlan : argot pour barbier, coiffeur, perruquier.
a « torts ».
b « préocupée ».
« 13 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 41-42], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.150, page consultée le 27 janvier 2026.
13 janvier [1843], vendredi soir, 6 h. ½
Pendant que tu essaies des jeunes faumes plus ou
moins saltimbanques, moi j’endosse pendant des heures des vieilles usurières hideuses.
Je dis des parce que la même peuta compter pour plusieurs les unes sur les
autres. Enfin, je crois que, nonobstant le vendredi et la
date 13 d’aujourd’hui, j’en ai fini avec ce vieux monstre de
Ribot. Cependant, je n’en répondrais pas
tant la nature de cette vieille râleuse est tenace et rapace. Quoi qu’il en soit,
je
prierai demain MmePierceau de m’envoyer son Démousseau pour en finir le plus tôt possible avec
cette vieille gueuse. Je t’épargne toutes les rabâcheries et tous les tours de manège
qu’il m’a fallu faire avec cette atroce sorcière montée sur ses
intérêts comme sur un manche à balai. Mais ce qui est sûr c’est que je désire
vivement ne plus recommencer.
Pendant ce temps-là, mon cher scélérat, Dieu sait
qui vous sert de monture1 sous prétexte d’essayer une Guanhumara ferrée. Enfin il faut que j’en passe par là ou par la
porte. Mais je vous conseille cependant de ne pas prolonger la séance plus longtemps
parce que ma bonhomieb ne pourrait
guère me mener plus loin.
J’ai eu aussi la visite de Mme[illis.], ma nouvelle modiste à qui je dois 36 francs. Tu m’as fait demander la note,
elle me l’a apportéec : je la
paierai, maintenant quand tu pourras. C’est demain que je fais faire mon matelas.
J’espère que tu me donneras de quoi le payer ce soir. Toujours est-il que je ne t’ai
pas vu ce soir avant ton dîner et que c’est fort triste et fort ennuyeux.
Dépêchez-vous de venir si vous tenez à la vie.
Juliette
1 « Serait-ce l’écurie où tu mets d’aventure / Le manche du balai qui te sert de monture ? » (Hernani, I, 1).
a « peu ».
b « bonhommie ».
c « apporté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
