« 22 juin 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 296-297], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2457, page consultée le 01 mai 2026.
22 juin [1838], vendredi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon petit homme chéri, bonjour. J’ai fait une infraction à mes habitudes
aujourd’hui en ne t’écrivant pas aussitôt levée, c’est que j’ai été arrêtée par la
nonchalance de ma servade qui laissait perdre mon
charbon à rien faire. Je me suis mise moi-même à l’ouvrage pour toute explication
et
j’ai repassé ma robe et une demia-douzaine de paires de bas. Si j’ai mal fait, je vous en
demande très humblement pardon et je vous adore à deux genoux. La même plaisanterie
continue toujours entre nous à ce qu’il paraît, puisque cela t’arrange, cela m’arrange
aussi et nous sommes les meilleurs amis du monde. Il est vrai qu’on pourrait être
quelque chose de mieux mais chut ! car il est défendu d’en parler tout haut.
Bonjour mon petit homme, bonjour mon amour. Je cherche à me tasser dans mon coin pour
toute la journée, je crains de ne pas trouver une position commode pour t’attendre
et
d’où je ne puisse pas excessivement souffrir de toutes les heures pesamment chargées
de minutes qui vont me passer sur le cœur comme autant de roues de cabriolet.
Juliette
a « demie-douzaine ».
« 22 juin 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 298-299], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2457, page consultée le 01 mai 2026.
22 juin [1838], vendredi soir 10 h. ¼
Il est dit, mon cher petit homme, que je t’écrirai à des heures indues aujourd’hui. Mme Triger avec laquelle j’ai dînéa vient de partir seulement à présent.
Force m’a donc été d’attendre qu’elle fût partie pour me livrer à ma passion.Soirpa, soir man, je vous aime de toute mon âme. Cette pauvre Mme Pierceau est fort triste. Il
paraît que le Théâtre-Français va de mal en pis, ce qui est probable. Moi, je t’aime,
je ne sens que cela, je te désire, voilà toute mon ambition, je t’attends, voilà toute
ma préoccupationb. Mon
brodequin était tout plein de sang mais ça ne m’empêchera pas de nous en aller ce soir bras dessus bras dessous comme plusieurs lions. Dites
donc vous, est-ce que vous ne baiserez plus jamais de la vie ni des jours ? Alors
je
m’en vais dans la diligence par complaisance sans réclamer votre indulgence.
Je
vous baise mon Toto. Je vous adore mon Toto. Je me dépêche parce qu’on dit que la
pendule retarde et que j’ai mes brodequins et mon châle à mettre. Donnez vos pieds,
vos mains, votre bouche et jusqu’à votre lettre de l’alphabet, que je les baise.
Juliette
a « dîner ».
b « préocupation ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
