« 11 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 277-278], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11634, page consultée le 01 mai 2026.
11 mars [1844], lundi matin, 10 h. ½
Bonjour mon petit Toto bien aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour comment
vas-tu, mon cher adoré, comment m’aimes-tu ? Moi je vais bien et je t’adore, voilà
mon
état ce matin. Ma Clairette est partie à
7 h. ½. Je l’ai embrassée et je lui ai repromis en ton nom de l’aller voir à la
pension cette semaine. Il faut donc que je vous donne mes deux beaux mouchoirs ? Mais,
cher scélérat, je ne peux pourtant pas me moucher dans mes doigts ; et s’il faut que
j’aie des mouchoirs, n’est-ce pas plus naturel que ce soit moi qui aie les beaux et
vous les vilains ?
Je vous les donne pour cette fois-ci, mais ne vous y habituez
pas, je n’entends pas ça.
C’est aujourd’hui que j’ai Mme Luthereau à dîner. Cette pauvre
femme va être bien touchée de cette nouvelle preuve d’intérêt que tu lui donnes1. Elle t’aimait déjà depuis longtemps mais maintenant
c’est un culte. D’abord il est impossible de t’approcher sans t’adorer, voilà ce qui
est sûr. Quant à moi, je sais que je t’adore depuis la première minute où je t’ai
vu
et qu’il me serait impossible de vivre sans t’aimer. Oui, mon cher bien-aimé, c’est
la
vérité. Je ne pourrais pas vivre sans t’aimer pas plus que je ne pourrais vivre sans
respirer. L’un m’est aussi nécessaire que l’autre.
Je t’aime. Je t’aime. Je
t’aime. Quel bonheur si tu pouvais venir tout à l’heure ! Mon Toto je t’aime trop.
Juliette
1 Victor Hugo a accepté « d’apostiller » une pétition en faveur des Luthereau. À préciser.
« 11 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 279-280], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11634, page consultée le 01 mai 2026.
11 mars [1844], lundi soir, 5 h.
Tu es sans doute dans les candidatures1 jusqu’au cou, mon bien-aimé, aussi je ne t’en veux
pas, je te plains. Je voudrais pourtant bien que cette affaire, toute importante
qu’elle soit, ne me prive pas plus longtemps du bonheur de te voir. Je t’attends,
mon
amour, et je t’aime, deux choses dont une seule suffit pour faire trouver le temps
mortellement long. Dépêche-toi donc de congédier tous ces hideux candidats et de venir
bien vite auprès de moi.
Les coquillages ne sont même pas arrivésa aujourd’hui où j’aurais pu en faire
goûter à cette bonne Laure2. Il est probable qu’elles3
m’arriveront pour moi toute seule ce qui me sera bien agréable. La pauvre chi chi n’a même pas de chance pour cela. Voime, voime il faut bien en prendre son parti.
Le Granger a envoyé toucherb son argent ce matin, je le lui ai donné
comme tu pensesc.
Je t’attends
pour te demander si tu veux du sirop, tu n’en as plus mais si tu veux finir ta
tisaned avec du sucre c’est
inutile d’en acheter. Tu verras à décider cette grave question. D’ici- là je
m’abstiens. Mme Luthereau n’est pas encore arrivée. Tout le monde se modèle sur vous et
se croit en droit de me faire attendre, c’est RIDICULE. C’est votre faute aussi.
Taisez-vous et venez, ça vaudra mieux.
Juliette
1 Deux sièges se sont libérés à l’Académie française et plusieurs candidats, dont Vigny et Sainte-Beuve, se disputent ces places.
2 Laure Krafft devenue Mme luthereau
3 Juliette utilise le féminin car elle attend des coquilles Saint-Jacques (Lettre du 3 mars, matin).
a « arrivées ».
b « touché ».
c « pense ».
d « tisanne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
