« 21 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 191-192], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11513, page consultée le 09 mai 2026.
21 décembre [1843], jeudi matin, 11 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour ma vie, ma joie,
mon âme, mon tout, bonjour, bonjour.
As-tu pris quelque repos cette nuit ?
Hélas ! J’en doute pour toi, les nuits se suivent et se ressemblent, pauvre ange,
tu
travailles sans relâche. Par compensation moi je ne fais rien, ce qui ne m’empêche
pas
de me plaindre et de trouver ma vie difficile. C’est que pour moi te désirer et
t’attendre, ce sont deux occupations pénibles à remplir. J’aimerais mieux travailler
comme un chien et te voir plus souvent. Je donnerais avec joie la moitié de ce qui
me
reste à vivre pour ne pas te quitter l’autre moitié. Tu sais que ce ne sont pas des
mots banals que je te dis là, n’est-ce pas mon adoré ? Tu sais bien que c’est la
sainte vérité.
Tu dois avoir encore aujourd’hui un tas d’encombrements et
par-dessus tout ça une séance à l’Académie ? Il n’est guère probable que je te voie
avant ce soir, si je te vois ce soir ? Il faut que je rassemble mon courage et ma
résignation d’avance pour ne pas être méchante quand tu viendras. De ton côté, mon
adoré, tâche de venir le plus tôt que tu pourras. Tu sais que ce n’est pas seulement
impatience chez moi mais une souffrance réelle du cœur tant que je ne te vois pas.
Pense à moi mon cher petit, plains-moi et aime-moi. Je te le rendrai que de de reste.
Je baise tes chers petits pieds.
Juliette
« 21 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 193-194], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11513, page consultée le 09 mai 2026.
21 décembre [1843], jeudi soir, 5 h. ¼
Je voudrais cependant bien te dire quelque chose de drôle et qui ne ressemble pas
à
mon antienne de tous les jours. Si je te disais que je ne t’aime plus, que je trouve
laid, bête et vieux, que je ne te désire pas et que tu me contrarierais extrêmement
si
tu venais tout de suite, cela aurait le mérite de la nouveauté à défaut de celui de
la
vérité. Malheureusement cela ne me soulage pas le cœur et j’en suis toujours pour
mon
éternelle solitude et pour mon éternel amour. Tout cela n’est pas nouveau mais n’en
est que plus triste.
Je suppose que tu es à l’Académie parce qu’il faut bien que
ma pensée aille te trouver partout où je crois que tu es. Il arrive souvent que, de
loin comme de près, je te trouve… absent. Mais ce n’est pas ma faute, je me rends
cette justice à moi-même.
Jour Toto, jour mon cher petit o, je ne suis pas très amusante n’est-ce pas ? Mais c’est qu’en conscience je ne
suis pas très amusée non plus. Mais je t’aime, voilà ce qui surnage de toutes ces
impatiences, de tous ces ennuis, de tous ces supplicesa. Je suis comme les anciens martyres, rien ne peut me faire
renier mon Dieu, m’affaiblir ma religion pour vous.
Juliette
a « supplices ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
