« 17 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 37-38], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10883, page consultée le 03 mai 2026.
17 avril 1843, lundi matin, 10 h. ½
Bonjour mon Toto adoré, bonjour le bien-aimé de mon âme, bonjour je t’aime, aime-moi
aussi un peu mon pauvre adoré, ce ne sera que justice. Pense à moi je le sentirai
d’ici et cela me fera du bien. Embrasse pour moi tes chers petits goistapioux mâle et femelle. Je te le rendrai au
centuple.
J’ai lu ce triste et infâme article. Je suis plus embarrassée que
jamais pour en désigner l’auteur. C’est trop bête et trop maladroitement dangereux
pour croire que c’est H1 mais je voudrais bien le connaître ne
fût-cea que pour savoir sur qui
jeterb mon dégoût et mon mépris. Je
n’ai jamais rien lu de plus bête et de plus impuissamment malveillant. Mais c’est
trop
s’occuper de pareilles immondices, c’est bien trop de les respirer un moment.
Mme Franque te
fait faire un million de remerciements pour elle et pour Mme Suquet ; elle est dans le ravissement
d’aller ce soir r’entendre Les
Burgraves. Je comprends et je partage sa joie. C’est toujours une nouvelle fête
pour moi quand j’assiste à ces représentations quelque incomplètesc qu’elles soient. C’est si
admirablement beau que le jeu des acteurs ne peut rien y ajouter ni y rien retrancher.
Je t’admire mon Victor mais je t’aime autant. Ma pauvre péronnelle est dans le
ravissement de la pensée de revoir ces bons Burgraves. Tout le monde est dans la joie
autour de moi jusqu’à cette pauvre Suzanne
qui croit qu’elle aura la loge du centre comme d’habitude
pour y aller avec Marion : je ne veux pas lui ôter son
espoir mais je crains que tu n’aies pas songé à lui en conserver une, moi-même je
l’ai
oubliée hier au soir. J’en serai doublement fâchéed parce que outre le désappointement de cette pauvre servarde, il y aura celui de Marion à qui j’avais
promis de faire voir la pièce et qui ne peut y aller que lorsque sa maîtresse n’est
pas chez elle. Enfin ce sera fort triste mais qu’y faire ? Tu verras quand tu viendras
tantôt, car j’espère que tu viendras, ce qu’il y aura à faire pour concilier leur
curiosité et l’absence de billets. En attendant, mon cher petit, je t’aime et
t’embrasse de toute mon âme. Pense à moi et aime-moi. Je te fais préparer à souper
dans l’espoir que tu le mangeras. Sous ce prétexte même ma serventre ne revient pas du marché ce qui ne me dispose pas à une grande pâtée pour ce
soir. Je n’ai jamais vu de fille plus flâneuse que cette créature. Dieu soit loué
la
voici enfin ! Je finis mes doléances et mes imprécations par un redoublement de
baisers sur ta charmante petite carcasse.
Juliette
1 À élucider.
a « fusse »
b « jeté »
c « quelques incomplettes »
d « fachée »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
