« 18 février 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 81-82], transcr. Marie Rouat, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.128, page consultée le 04 mai 2026.
18 février [1838], lendemain de notre anniversaire
Je suis au désespoir. Je viens de m’apercevoira qu’à force de préoccupationb, j’avais laissé échapper notre anniversaire. Cependant je ne pense pas autre chose depuis que nous sommes entrés dans ce mois-ci comme tu as pu t’en apercevoirc dans ma lettre du 1er février. Ne penser qu’à cela, n’avoir que cela dans la tête et le laisser échapper juste au moment. Mon Dieu, que je suis malheureuse. Pour rien je m’en irais au bout du monde. Rien ne me suffit. Je passe ma vie à aimer, à penser à mon amour et l’excès même de cette préoccupationd fait que je manque la seule chose au monde qui m’intéresse, l’anniversaire de notre amour. Je crois que je suis bien prèse de perdre la tête. Je souffre dedans des mauxf inouïs. Mon Dieu, quelle passion que la mienne et qu’il est triste de t’aimer autant. Tu es bien coupable, toi dont l’amour n’altère pas la mémoire, de ne m’avoir rien dit hier. Merci, va. Je souffre aujourd’hui, merci. Depuis cinq ans ce n’est pas la première fois et par ta faute. Je suis bien malheureuse, mon Dieu.
J.
a « appercevoir ».
b « préocupation ».
c « appercevoir ».
d « préocupation ».
e « prêt ».
f « mots ».
« 18 février 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 83-84], transcr. Marie Rouat, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.128, page consultée le 04 mai 2026.
18 février [1838], lendemain de notre anniversaire
Je viens de t’écrire je ne sais quoi. Ou plutôt je viens d’exhalera en cris de douleur le moment perdu de notre anniversaire. J’ai bien besoin que tu me consoles. J’ai bien besoin que tu me rassures. Je crains que cet oubli, qui vient de trop penser, ne nous porte malheur. Je souffre, mon bien-aimé. Et pour peu que tu pousses la cruauté, quand je te verrai, jusqu’à m’attribuer à indifférence ce qui vient de l’excès de mon amour, je serai bien malheureuse et capable de me porter à quelque triste extrémité car rien ne sera plus injuste ni plus cruel. Enfin je suis malheureuse, voilà le fait. Je n’espère pas que tu seras bon et généreux avec moi quand je te verrai tantôt. Tu ne m’as pas habituée à te trouver compatissant pour des mauxb cependant bien rudes et bien difficiles à supporter. Je tâcherai de supporter ce nouveau choc avec courage. Mon Dieu, je souffre trop. Je t’aime trop.
Juliette
a « exaler ».
b « mots ».
« 18 février 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 85-86], transcr. Marie Rouat, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.128, page consultée le 04 mai 2026.
18 février [1838], dimanche, midi ½
C’est bien gentil à vous, mon Toto, d’être venu me baiser ce matin dans mon lit. Malheureusement ça n’a pas assez duré, un seul baiser, c’est pas beaucoup. Vous devriez recommencer, MIEUX QUE ÇA. Je m’aperçoisa que j’ai pris ma feuille de papier à l’envers. Heureusement que cela n’empêche rien du tout et n’en est quelquefois que plus commode, il suffit de s’y habituer. Je vous ai à peine vu, mon Toto chéri, vous êtes comme le soleil en hiver, vous vous montrez rarement et pas longtemps. Je n’ai pas eu le temps de vous demander, si vous n’étiez pas venu ce soir à l’heure du spectacle, ce qu’il faudrait faire ? Partir tout de même sans vous avoir vu ni embrasséb ? C’est bien chesse. Enfin… j’espère encore que vous aurez la conscience de revenir avant l’heure du spectacle. J’ai bien mal à la tête ce matin. J’aurais besoin d’un REMÈDE mais pas Les deux Mères1 de la Porte-Saint-Martin, autre chose de plus appétissant. Pouah ! la vilenie ! C’est un vrai spectacle de foire. C’était bien la peine d’attendre un an pour me mener à ce théâtre. MA RENTRÉE était bien choisie. Heureusement que je vais me débarbouiller ce soir de cette sale et puante prose avec les plus beaux vers du monde. Ceux-là sentent bon au moins. JourNono. Je t’aime mon Toto. Je t’adore mon Victor. Jour, onjour. Je voudrais être plus vieille de huit jours pour avoir le droit d’exiger de vous… beaucoup de choses. Vous m’entendez, n’est-ce pas ? En attendant, je grogne, je vous aime et je vous désire.
Juliette
1 Alix ou les deux mères, drame en cinq actes de Charles Desnoyer et Alphonse Brot, fut créé à la Porte-Saint-Martin le 13 février 1838, et publié chez Barba.
a « apperçois ».
b « embrasser ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
